IdT – Les idées du théâtre


 

Dédicace

La Noce de village

Marcoureau, Guillaume, dit Brécourt

Éditeur scientifique : Piot, Coline

Description

Auteur du paratexteMarcoureau, Guillaume, dit Brécourt

Auteur de la pièceMarcoureau, Guillaume, dit Brécourt

Titre de la pièceLa Noce de village

Titre du paratexteÀ son Altesse Sérénissime Monseigneur le Duc d’Enghien

Genre du texteDédicace

Genre de la pièceComédie

Date1666

LangueFrançais

ÉditionParis, Girard, 1666, in 12° (Numérisation en cours)

Éditeur scientifiquePiot, Coline

Nombre de pages6

Adresse source

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Brecourt-Nocevillage-Dedicace.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Brecourt-Nocevillage-Dedicace.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Brecourt-Nocevillage-Dedicace.odt

Mise à jour2014-08-30

Mots-clés

Mots-clés français

GenreBagatelle

Relation œuvre / personnageParallèle œuvre / personnage

ReprésentationReprésentation en présence du dédicataire

RéceptionRire

FinalitéFaire rire ; détendre

Relations professionnellesRelations avec le graveur Lepautre

Mots-clés italiens

GenereBagatelle

Opera e PersonaggioParallelo opera / personaggio

RappresentazioneRappresentazione in presenza del dedicatario

RicezioneRiso

FinalitàFar ridere ; sollevare l’animo

Rapporti professionaliRelazioni con l’incisore Lepautre

Mots-clés espagnols

GéneroBagatelle

Obra y personajeParalelo obra / personaje

RepresentaciónRepresención en presencia del dedicatario

RecepciónRisa

FinalidadHacer reir / relajar

Relaciones profesionalesRelaciones con el grabador Lepeautre

Présentation

Présentation en français

Dans la dédicace de la Noce de village qu’il adresse au duc d’Enghien, Brécourt parvient sur un ton galant à renouveler les topoï rhétoriques du genre de la dédicace. Par deux fois, il part d’un lieu commun parfaitement identifiable et le déploie de façon assez personnelle.

Il commence par évoquer l’indignité de sa petite comédie par rapport à la grandeur du dédicataire, en une pirouette rhétorique parfaitement topique. La plupart des dramaturges s’en tiennent là ; Brécourt, lui, s’ingénie à réconcilier les deux contraires dans une argumentation originale, en jouant sur une nouvelle caractéristique de l’ethos des seigneurs : le droit à l’enjouement. Au lieu de voir une incompatibilité naturelle entre la légèreté des comédies et le sérieux qui sied au rang de son dédicataire, il montre que c’est précisément parce que les nobles sont accablés par leurs devoirs qu’ils méritent de connaître des moments de divertissement1. Il rappelle ensuite que le duc d’Enghien a ri pendant la représentation – argument publicitaire auprès du lectorat – et développe une idée intéressante qui lui permet de sortir du dilemme traditionnel de la supériorité de la représentation théâtrale sur la lecture : le souvenir du sentiment d’allégresse pendant le spectacle doit suppléer à la perte d’efficacité inévitable pendant la lecture.

Brécourt renouvelle ensuite le lieu commun selon lequel l’auteur aurait voulu attendre d’écrire une meilleure pièce pour pouvoir prouver son zèle au dédicataire à l’aide d’un cadeau digne de lui. Là encore, il franchit un pas de plus par rapport au topos pour proposer un argument convaincant : ce n’est certes pas sa petite comédie qui est digne du grand duc d’Enghien, mais les gravures du célèbre Lepautre qui l’accompagnent. Rappelons que peu de comédies étaient dotées de gravures, celles-ci étant très coûteuses2. Avec ses huit planches, représentant des moments de la pièce, intercalées entre les répliques, le livre prend en effet une valeur marchande non négligeable3. Le dédicataire peut alors être flatté de se voir dédier un si bel objet, et Brécourt peut se satisfaire d’avoir réussi à réunir des éléments suffisamment convaincants pour qu’un lecteur se laisse séduire en lisant la préface de la pièce.

Texte

À Son Altesse Sérénissime le duc d’Enghien4

Monseigneur,

{NP1} Voici une bagatelle où votre Altesse Sérénis{NP2}sime prit la peine de se divertir il y a quelque temps; et cette peine, Monseigneur, vous expose encore à celle d’en recevoir l’offre que j’ose vous en faire : ce n’est pas que je n’aie balancé sur un dessein si téméraire, je me suis dit cent fois que cette matière était trop indigne de se présenter à un prince qui ne doit être accablé que des épîtres les plus sérieuses, et des ouvrages les plus sublimes. Mais une autre raison m’a dit, en combattant celle-là, que les princes ne sont pas exempts {NP3} de rire, et qu’il est bon de leur procurer quelques-uns de ces moments, pour les divertir un peu des grandes occupations, et donner par là quelque relâche au travail, qui les fatiguant trop, ne les épargne pas assez. J’ai donc cru, Monseigneur, que la Noce de village, qui vous a fait rire une fois, pourrait paraître une seconde devant votre Altesse Sérénissime, non pas pour la faire rire – elle ne se vantera peut-être plus de cet honneur – mais pour vous faire souvenir en la voyant, Mon{NP4}seigneur, que vous y avez ri. La voici qui vient à Votre Altesse Sérénissime en villageoise, c’est-à-dire parée de ses beaux habits comme au jour d’une grande fête ; la fête est grande pour elle, et je puis dire que cette Noce de village, ne se trouva jamais à telle noce, et que je ne me trouvai jamais si embarrassé que de l’y mener5. C’est une étrange6 chose, Monseigneur, que l’envie de manifester son zèle, lorsque rien n’y répond. Il y a longtemps qu’un respect naturel me {NP5} sollicite de le faire paraître, mais je m’en suis toujours trouvé si peu capable que j’ai différé ce dessein jusques à présent, où je suis forcé encore d’avoir recours à l’aiguille d’un des plus fameux graveurs du royaume7 pour couvrir un peu l’infirmité de mon entreprise, et la stérilité de mon offrande ; ce sont les figures8 que vous allez voir, Monseigneur, qui m’ont enhardi sur le dessein de vous les offrir. L’approbation qu’elles ont eue des plus savants de cet art m’a persuadé que Votre Altesse {NP6} Sérénissime, qui connaît toutes choses, ne leur déniera peut-être pas la sienne, et qu’elle souffrira même avec cette bonté dont elle ne se dépouille jamais que j’ose prendre aussi dans tout le respect imaginable la qualité, Monseigneur,

De votre très-humble et très obéissant serviteur,

Brécourt.