IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

Le Portrait du peintre, ou la Contre-Critique de l’École des femmes. Comédie. Représentée sur le Théâtre royal de l’Hôtel de Bourgogne.

Boursault, Edme

Éditeur scientifique : Bottarelli, Alice

Description

Auteur du paratexteBoursault, Edme

Auteur de la pièceBoursault, Edme

Titre de la pièceLe Portrait du peintre, ou la Contre-Critique de l’École des femmes. Comédie. Représentée sur le Théâtre royal de l’Hôtel de Bourgogne.

Titre du paratexteAu lecteur

Genre du textePréface

Genre de la pièceComédie

Date1663

LangueFrançais

ÉditionParis, Jean Guignard, 1663, in-12°

Éditeur scientifiqueBottarelli, Alice

Nombre de pages3

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k74082j

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Boursault-PortraitPeintre-Preface.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Boursault-PortraitPeintre-Preface.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Boursault-PortraitPeintre-Preface.odt

Mise à jour2016-01-30

Mots-clés

Mots-clés français

Genre« Satire spirituelle » ; contre-critique

SourcesL’École des femmes (défauts du « plus considérable » des ouvrages de Molière)

ReprésentationContexte de la querelle de L’École des Femmes

Réception« Bonne opinion qu’il [Molière] a fait concevoir » de la pièce de Boursault

FinalitéSatire ; « attaquer Molière »

MetadiscoursEnnui de la préface, mais devoir de l’écrire

Relations professionnellesRipostes scéniques et relations (conflictuelles) avec Molière ; relation aux grands hommes du Parnasse

ActualitéQuerelle de L’École des femmes ; création de L’Impromptu de Versailles

AutreMérite et auctorialité

Mots-clés italiens

Genere« Satira spirituale » ; controcritica

FontiL’École des femmes (difetti della più considerevole delle opere di Molière)

RappresentazioneContesto della « « querelle de L’École des Femmes »

Ricezione« Buona opinione » che ha ottenuto l’opera di Boursault grazie a Molière

FinalitàSatira ; « attaccare Molière »

MetadiscorsoNoia della prefazione, ma dovere di scriverla

Rapporti professionaliRisposte sceniche e relazioni (conflittuali) con Molière ; relazione con i grandi uomini del Parnasso

Attualità« Querelle de L’École des femmes » ; creazione de L’Impromptu de Versailles

AltriMerito e autorialità

Mots-clés espagnols

Género« Sátira espiritual » ; contra-crítica

FuentesLa escuela de las mujeres (defectos de la « más considerable » de las obras de Molière

RepresentaciónContexto de la querella de la Escuela de las mujeres

Recepción« Buena opinión que [Molière] ha hecho concebir » de la pieza de Boursault

FinalidadSátira ; « atacar a Molière »

MetadiscursoAburrimiento del prefacio pero obligación de escribirlo

Relaciones profesionalesRéplicas escénicas y relaciones (conflictuales) con Molière ; relación con los hombres famosos del parnaso

ActualidadQuerella de la Escuela de las mujeres ; creación de La improvisación de Versailles

OtrasMérito y auctorialidad

Présentation

Présentation en français

Cet avis au lecteur ne s’attarde pas à défendre les choix poétiques de la pièce ou à livrer les motifs qui président à son écriture : l’enjeu central, pour Edme Boursault, est avant tout l’affirmation de sa paternité sur le texte. Il explique en effet n’avoir écrit sa préface qu’afin de rectifier une accusation injuste, celle de n’être que le porte-plume de nombreux autres auteurs. L’accusation apparaît de fait dans L’Impromptu de Versailles de Molière : Du Croisy, dans le rôle d’un poète pédant, affirme qu’auteurs et comédiens se sont mis, avec lui-même, à plusieurs pour contribuer à ce portrait satirique du « peintre » (surnom célèbre de Molière) donné à l’Hôtel de Bourgogne1.

Si le jeune Edme Boursault se trouve ainsi contraint de se défendre d’une accusation fallacieuse, c’est parce qu’il a osé alimenter, et même enflammer véritablement une surenchère de critiques et contre-critiques plaçant Molière au sommet de l’actualité culturelle parisienne, celle de la querelle de L’École des femmes. Celle-ci démarre lentement lorsqu’en juin 1663, Molière reprend L’École des femmes, qu’il n’avait pas fait jouer depuis plusieurs mois malgré son intarissable succès, et y ajoute sa Critique, qui en est davantage l’apologie, et se veut une réponse à quelques reproches qu’aurait formulés Donneau de Visé2. Ce dernier publie ensuite sa Zélinde ou la Véritable Critique de l’École des femmes, que Molière ne relèvera pas (la pièce n’étant ni agressive, ni dirigée contre sa personne, et n’ayant d’ailleurs fait l’objet d’aucune représentation). C’est alors que Boursault intervient avec Le Portrait du peintre, joué au début d’octobre 1663 (ou fin septembre, nous ne connaissons pas précisément la date de la première). Notre auteur, qui vient d’avoir vingt-cinq ans et ne bénéficie encore que d’une notoriété toute relative, ne se contente pas seulement de reprendre le jeu de ping pong, autour de L’École des femmes, entre ses diverses critiques, mais ose alors ce qui ne s’est jamais fait : une attaque ad hominem qui s’adresse directement à un contemporain, et de surcroît un concurrent. Molière s’empresse de répondre à la provocation de ce néophyte encore peu aguerri à ce genre d’empoignades scéniques par son Impromptu, joué moins d’une quinzaine de jours après, et qui effectivement n’épargne pas Boursault. S’il renonce à relancer une riposte supplémentaire sur scène, ce dernier réclame du moins dans sa préface l’auctorialité de sa pièce, c’est-à-dire, implicitement, sa propriété littéraire et sa reconnaissance.

Texte

Au lecteur

[NP1] Je ne me serais jamais avisé, mon cher lecteur, de vouloir t’ennuyer par une espèce de préface3, si je n’étais obligé d’en faire le sacrifice à la gloire outragée des plus honnêtes gens de notre siècle. Si l’on s’était contenté de me ravir l’avantage d’avoir attaqué Molière4, et de l’avoir réduit à la honteuse nécessité de recourir aux invectives5 pour repousser la satire spirituelle qui a mis en plein jour les défauts du plus considérable de ses ouvrages6, j’eusse laissé la liberté du doute à tous ceux à qui [NP2] l’on a voulu persuader que je n’étais pas l’auteur de la moindre chose que je sois capable de produire7. Mais il n’est pas juste que je me laisse dépouiller d’un bien qui ne peut enrichir personne, et je suis contraint de défendre tout le Parnasse8 contre l’injurieuse charité qu’on lui a voulu prêter. Les grands hommes n’ont point d’occupations si basses, ils ne travaillent qu’alors qu’il y a de la gloire à acquérir ; et c’est dire assez clairement que Molière n’a rien à craindre d’eux. Pour moi je suis redevable9 à l’ouvrage qu’il m’a voulu faire : croire ma pièce digne de ceux qui sont accusés d’y avoir mis la main, c’est demeurer d’accord de son mérite, et toutes les injures qu’on me dit dans le galimatias que Molière appelle Impromptu ne peuvent détruire la bonne opinion qu’il a fait concevoir de mon ouvrage. Je pourrais repousser ces injures par [NP3] d’autres injures plus piquantes10, si j’en avais aussi bien la volonté que j’en ai le droit, mais je n’y suis pas accoutumé comme lui. Et puis cette sorte de vengeance est si indigne d’un honnête homme11 que la sienne n’a pas eu lieu de me surprendre.