IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

L’Adieu du trône, ou Diocletian et Maximian, tragédie dédiée à la reine de Suède

Du Bosc de Montandré, Claude

Éditeur scientifique : Ding, Ruoting

Description

Auteur du paratexteDu Bosc de Montandré, Claude

Auteur de la pièceDu Bosc de Montandré, Claude

Titre de la pièceL’Adieu du trône, ou Diocletian et Maximian, tragédie dédiée à la reine de Suède

Titre du paratexteAu lecteur

Genre du textePréface

Genre de la pièceTragédie

Date1654

LangueFrançais

ÉditionBruxelles, François Foppens, 1654, in-4°. (Numérisation en cours)

Éditeur scientifiqueDing, Ruoting

Nombre de pages2

Adresse source

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/BoscMontandre-AdieuTrone-Preface.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/BoscMontandre-AdieuTrone-Preface.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/BoscMontandre-AdieuTrone-Preface.odt

Mise à jour2014-11-19

Mots-clés

Mots-clés français

GenreTragédie

SujetSujet illustre / chute du trône comme « décoration » / haine entre père et fils

DramaturgieRespect des règles / modifications de l’Histoire

LieuUnité

TempsRéduction

Mots-clés italiens

GenereTragedia

ArgomentoArgomento illustre / crollo del trono come « decorazione » / odio tra padre e figlio

DrammaturgiaRispetto delle regole / alterazioni della Storia

LuogoUnità

TempoRiduzione

Mots-clés espagnols

GéneroTragedia

TemaTema ilustre / caída del trono como « adorno » / Odio entre padre e hijo

DramaturgiaRespeto de las reglas / alteración de la Historia

LugarUnidad

TiempoReducción

Présentation

Présentation en français

L’intérêt de la préface de l’Adieu au trône réside dans l’accent que Claude Du Bosc de Montandré1, fameux pamphlétaire condéen et dramaturge amateur, met sur son respect de la régularité et de la poétique aristotélicienne.

Engagé de manière constante au service du Grand Condé, Du Bosc de Montandré écrit cette pièce pendant son exil à Bruxelles, à l’occasion de l’abdication de la reine Christine de Suède, correspondante de longue date de son protecteur2. C’est une pièce de circonstance, pourvue d’une forte connotation politique, mais qui n’a pas vocation à être montée au théâtre. Cependant, l’auteur insiste pour exposer dans son « Avis au lecteur » ses considérations poétiques. Représenter deux empereurs romains quittant leur pouvoir par lâcheté permet de montrer la supériorité de la reine sur les personnages – cette thèse est développée longuement dans la dédicace ; mais ce choix du sujet est aussi dicté par des considérations dramaturgiques : le genre tragique a pour sujet la chute d’hommes illustres ainsi que les conflits entre des proches. L’auteur souligne ensuite sa fidélité à l’Histoire, par rapport à laquelle il justifie ses écarts par son respect des règles (unité de temps et de lieu) et par les nécessités dramaturgiques. La préface se termine par l’annonce d’un poème dramatique à venir, mais celui-ci ne paraîtra jamais.

Texte

Au lecteur

{NP1} Dioclétien, lassé de porter sa couronne, se résout enfin de la secouer de sa tête, et d’en charger son gendre [G]alerius3, qu’il avait déjà nommé César, après lui avoir donné sa fille Valère en mariage. L’impérieux ascendant qu’il s’était toujours conservé sur l’esprit de Maximien, élevé par son choix à l’honneur d’être son collègue, fait encore résoudre ce César4 d’imiter sa vertu, en laissant sa part du trône à Constance Chlore, auquel il avait déjà auparavant donné la qualité de César et Théodore, sa belle-fille5, pour femme. L’Histoire rapporte que ce pauvre empereur6, qui n’était capable que de servir, ne put point résister aux semonces que Dioclétien son maître lui faisait de Salonique pour renoncer au trône, et que cette complaisance lui arracha le sceptre, qui lui tenait plus fortement aux mains que son âme se tenait à son corps. Il ne se pouvait qu’une si belle action en un brutal ne fût bientôt flétrie par un repentir : qu’on voie l’Histoire7 ; cela ne fait rien à mon dessein8. Maxence, fils de Maximien, dégradé et chassé de sa part du trône {NP2} par son père propre, y est rétabli par les Prétoriens, qui le proclament empereur. Galérius, irrité de cette insolence, dépêche Sévère ([c]’était un César fait à sa mode) pour en aller tirer raison. Il s’en va à Rome, il l’assiège, et étant enfin9 abandonné par les siens qui se donnent à Maxence, il s’enfuit à Ravenne, où il est massacré. Voilà l’Histoire10 d’où j’ai pris le sujet de cette tragédie. Je ne l’altère pas beaucoup ce me semble : il n’y a que les attentats que je fais à la chronologie qui sont un peu hardis11 ; mais qu’importe pourvu que je n’entreprenne pas sur la substance de l’action. Si ce sujet est stérile, il est illustre ; et je pense que la chute d’un trône est la plus belle décoration12 qu’on puisse donner à un théâtre. La haine de Maximien contre son fils Maxence est plus douce dans ce poème que dans l’Histoire13 : il est vrai que c’était tout ce qu’il avait de plus beau que de haïr son fils, qui ne haranguait jamais ses soldats qu’avec cette éloquence de voleur, fruimini, prodigite, et dessipate14. Je change le temps de la mort de Sévère, que je fais périr par les mains de Maxence. Je mets la scène à Rome, quoiqu’elle soit partie à Salonique, partie en Lucanie. Je fais à même temps épouser aux deux nouveaux empereurs15 leur femme et leur couronne. Voilà tous mes attentats. Je tâcherai d’être plus scrupuleux pour le premier poème que je donnerai bientôt, et que j’accommoderai un peu mieux au théâtre parce que le sujet sera un peu plus fécond en intrigues16.