IdT – Les idées du théâtre


 

Dédicace

Don Bertrand de Cigarral

Corneille, Thomas

Éditeur scientifique : Dumas, Catherine

Description

Auteur du paratexteCorneille, Thomas

Auteur de la pièceCorneille, Thomas

Titre de la pièceDon Bertrand de Cigarral

Titre du paratexteÉpître

Genre du texteDédicace

Genre de la pièceComédie

Date1652

LangueFrançais

ÉditionParis, Pierre Le Petit, 1652, in-12°.

Éditeur scientifiqueDumas, Catherine

Nombre de pages4

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k62757707

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/ThoCorneille-BertrandCigarral-Dedidace.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/ThoCorneille-BertrandCigarral-Dedidace.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/ThoCorneille-BertrandCigarral-Dedidace.odt

Mise à jour2013-02-21

Mots-clés

Mots-clés français

GenreComédie

SourcesRojas Zorrilla (Entre bobos anda el juego)

SujetFaiblesse du sujet original

LieuNon respect de l’unité de lieu ; dualité

ActionComique

Personnage(s)Don Bertrand de Cigarral

Relation œuvre / personnagePersonnage ambassadeur de l’œuvre

RéceptionSuccès

FinalitéDivertissement

AutreImitation française de pièces espagnoles ; absence de règles dans la dramaturgie espagnole ; théories dramatiques de Lope de Vega (Art nouveau de composer des comédies)

Mots-clés italiens

GenereCommedia

FontiRojas Zorrilla (Entre bobos anda el juego)

ArgomentoDebolezza dell’argomento originale

LuogoNon rispetto dell’unità di luogo ; dualità

AzioneComica

Personaggio(i)Don Bertrand de Cigarral

Opera e PersonaggioPersonaggio ambasciatore dell’opera

RicezioneSuccesso

FinalitàDivertimento

AltriImitazione francese di opere teatrali spagnole ; assenza di regole nella dramamturgia spagnola ; teorie drammatiche di Lope de Vega (Arte nuevo de hacer comedias)

Mots-clés espagnols

GéneroComedia

FuentesRojas Zorrilla (Entre bobos anda el juego)

TemaDeficiencia del sujeto original

LugarNo respeto de la unidad de lugar ; dualidad

AcciónCómica

Personaje(s)Don Bertrand de Cigarral

Obra y personajePersonaje embajador de la obra

RecepciónÉxito

FinalidadEntretenimiento

OtrasImitación francesa de comedias españolas ; ausencia de reglas en la dramaturgia española ; teorías dramáticas de Lope de Vega (Arte nuevo de hacer comedias)

Présentation

Présentation en français

Dans l’« Épître » de Don Bertrand de Cigarral, sa troisième comédie,     Thomas Corneille livre les ressorts essentiels d’une pièce dont l’action s’ordonne autour des excentricités de Don Bertrand, personnage riche et grossier, réfractaire à la galanterie et aux codes de la civilité. Le dramaturge cite les sources espagnoles de sa comédie. L’intérêt de cette « Épître » réside dans le rapport ambivalent que Thomas Corneille entretient manifestement avec son texte source, et dans le propos qu’il tient sur les règles.

Rojas Zorrilla, l’auteur de la comedia dont s’est inspiré le dramaturge français, est l’objet à la fois d’éloge, pour sa création du personnage ridicule et de divers épisodes burlesques qui lui sont liés, et de blâme, car Thomas Corneille critique la manière dont est construite l’action de sa pièce. En outre, c’est encore sur Rojas Zorrilla que Thomas Corneille rejette la responsabilité des libertés que lui-même a prises avec l’unité de lieu dans sa comédie, dont l’action se joue en deux lieux éloignés. Pour expliquer cette particularité, Thomas Corneille rappelle, en illustrant son propos par des exemples extrêmes, le fait que les dramaturges d’outre-Pyrénées, à l’instar de Lope de Vega, ont coutume d’ignorer les unités de lieu et de temps. L’absence de règles caractérisant la dramaturgie espagnole est presque poussée à l’absurde dans l’aperçu plaisant qu’en donne le jeune dramaturge. Par ailleurs, cette mise au point traduit de sa part un désir de devancer d’éventuelles critiques contre sa propre pièce.

La position générale de Thomas Corneille n’est cependant pas exempte ici d’ambiguïtés. La désinvolture avec laquelle il admet ne pas avoir assez bien suivi les « lois sévères du théâtre qui demandent un lieu fixe pour la scène » ne semble pas traduire chez lui de déférence particulière à l’égard de ces règles sacralisées par les théoriciens français, principalement pour l’écriture de tragédies. En faisant référence, même de façon ludique, à la dramaturgie d’outre-Pyrénées, Thomas Corneille assume son rôle d’adaptateur, entérinant par là ses affinités avec un théâtre espagnol dont il s’amuse, mais dont il reconnaît la valeur.

Texte

ÉPÎTRE

Monsieur,

[NP1] Puisque le nom de Don Bertrand1 est allé jusques à vous, et qu’il a fait assez de bruit pour vous donner la curiosité de connaître un personnage d’une humeur si extraordinaire, trouvez bon que je la satisfasse, et que je l’envoie lui-même vous remercier de l’estime que par préoccupation2 vous avez daigné faire de sa grotesque3 peinture. Vous [NP2] trouverez ses civilités fort peu à l’usage de la cour, sa façon de traiter l’amour assez particulière, et ses raisonnements fort proverbiaux, quoiqu’à cause de ses six mille et tant de ducats de rente, il prétende passer pour honnête homme. Son caprice est toute sa raison, et il s’éloigne si fort en toutes choses de la pratique ordinaire, qu’au lieu que les autres donnent quittance4 de l’argent de leur mariage, il la donne de sa femme. Ce point seul d’extravagance m’a semblé si plaisamment imaginé, qu’il m’a fait résoudre à traiter un sujet qui d’ailleurs est si faible, qu’à peine m’a-t-il pu fournir de quoi remplir les trois premiers actes. Vous reconnaîtrez cette vérité si jamais vous lisez cette comédie dans son véritable auteur D. Francisco de Roxas5, [NP3] sous le titre de Entre bobos anda el juego6. Peut-être que vous me blâmerez de ne m’être pas assez étroitement attaché à ces lois sévères du théâtre qui demandent un lieu fixe pour la scène, et que vous trouverez étrange que mon premier acte se passe à Madrid, et les autres dans l’hôtellerie d’Illescas, moitié chemin de Madrid et de Tolède, mais souvenez-vous que je marche sur les pas d’un Espagnol, et que comme l’unité de lieu, et l’observation des vingt-quatre heures sont des règles que le fameux Lope de Vega a toujours négligées, jusqu’à faire exprès un Arte nuevo de hacer comedias7, tous ceux qui ont écrit après lui ne s’en sont pas mis davantage en peine, de sorte qu’au milieu d’une de leurs journées ils font [NP4]quelquefois peu de scrupule de passer d’un plein saut d’Angleterre en Allemagne, et de faire qu’en moins d’un quart d’heure leurs acteurs8 vieillissent de plus de dix années. C’est de quoi j’ai été bien aise de vous avertir avant que de vous assurer que je suis,

Monsieur,

Votre très humble serviteur,

T. Corneille