IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

La Comédie des Comédiens. Poème de nouvelle invention. Par Monsieur de Scudery.

Scudéry, Georges de

Éditeur scientifique : Fenin, Coralie

Description

Auteur du paratexteScudéry, Georges de

Auteur de la pièceScudéry, Georges de

Titre de la pièceLa Comédie des Comédiens. Poème de nouvelle invention. Par Monsieur de Scudery.

Titre du paratexteAu Lecteur

Genre du textePréface

Genre de la piècePoème de nouvelle invention.

Date1635

LangueFrançaise

ÉditionParis, Augustin Courbé, 1635, in-8.

Éditeur scientifiqueFenin, Coralie

Nombre de pages5

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5675022h

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Scudery-ComedieComediens-Preface.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Scudery-ComedieComediens-Preface.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Scudery-ComedieComediens-Preface.odt

Mise à jour2012-12-04

Mots-clés

Mots-clés français

SujetInvention nouvelle

DramaturgieCapriccioso

Personnage(s)Bergers ; comédiens

RéceptionSuccès

FinalitéDivertissement

ExpressionStyle élevé / style humble ; diversité

Relations professionnellesImpression / représentation

AutreComposition rapide de la pièce (15 jours) ; compétences du poète dans les sciences et les arts

Mots-clés italiens

ArgomentoInvenzione nuova

DrammaturgiaCapriccioso

Personaggio(i)Pastori ; comici

RicezioneSuccesso

FinalitàDivertimento

EspressioneStile elevato / stile umile ; diversità

Rapporti professionaliImpressione / rappresentazione

AltriComposizione rapida della commedia (15 giorni) ; competenze del poeta nelle scienze e le arti

Mots-clés espagnols

TemaInvención nueva

DramaturgiaCapriccioso

Personaje(s)Pastores ; actores

RecepciónÉxito

FinalidadEntretenimiento

ExpresiónEstilo elevado / estilo humilde ; diversidad

Relaciones profesionalesImpresión / representación

OtrasComposición rápida de la obra (15 días) ; competencias del poeta en las ciencias y las artes

Présentation

Présentation en français

Dans son adresse au lecteur de la Comédie des comédiens, Georges de Scudéry fait l’éloge du dramaturge capable d’exploiter toutes les ressources du style littéraire, du plus humble au plus élevé. Ce principe de la varietas, que le De oratore de Cicéron théorisait déjà au Ier siècle avant Jésus-Christ, est l’affirmation d’une esthétique libérale, accueillante et ouverte. Il garantit la fécondité inventive et l’adaptation à la diversité des sujets dramatiques. Mais bien au-delà, le principe cicéronien porte en lui une forme d’écriture et de pensée constitutives de la culture humaniste. A cette qualité fondatrice, Georges de Scudéry en ajoute une autre, celle des compétences techniques du dramaturge qui se doit d’exceller dans les sciences et dans les arts. L’auteur, qui se reconnaît dans ce portrait de l’homme de théâtre, met ses multiples aptitudes au service d’un sujet qui rivalise directement avec celui que venait de traiter le dramaturge Nicolas Gougenot pour sa Comédie des Comédiens.

Texte

Au Lecteur

[NP1] C’est une maxime reçue1 entre les personnes qui se connaissent aux bonnes choses2, que l’esprit de celui qui fait des vers, et qui les fait bien, doit être comme le Protée3 des poètes, ou comme la matière première, capable de toutes formes4 : il faut qu’il sache faire parler des rois et des bergers, et les uns et les autres en des termes, qui conviennent à leurs conditions. Ainsi le dieu de la poésie latine, que toute la ter[NP2]re adore encore sous le nom de Virgile, n’a pas manqué de suivre une règle si nécessaire aux bons ouvrages. Et qui prendra le soin de comparer le style pompeux et magnifique de l’Enéide, avec la douceur naïve des Bucoliques, jugera sans doute que mon opinion est bien fondée5. Je ne tâche, lecteur, de t’amener dans mon sens, par ce raisonnement, qu’afin que si la suite des temps te met en main après ma Comédie6, Ligdamon, Le Treompeur puni, Le Vassal généreux, Orante, Le Fils supposé, Le Prince Déguisé, La Mort de César, ou celle de Didon7 que je traite8, [NP3] tu ne t’étonnes point d’y voir une diversité si grande, soit aux pensées9, soit en la façon de les exprimer ; quelques-uns de ces poèmes10 m’ont obligé de toucher en passant, la morale et la politique11 ; d’autres m’ont fait parler de l’art militaire et par terre et par mer12 ; les voyages de mes héros m’ont fait marquer la carte de leur navigation13 ; les aventures des personnes illustres m’ont donné les grandes et les fortes passions14, que demande une douleur éloquente ; et de cette sorte, j’ai tâché de n’être point ignorant, dans les sciences, et dans les arts15, qui se sont trouvés comme enchaînés avec les sujets que j’ai voulu prendre, que si16 tu ne rencontres pas un de ces ornements en [NP4] cette pièce, tu te souviendras s’il te plaît qu’aux autres17, ce sont des princes et des rois qui parlent, et qu’en celle-ci, ce sont des comédiens et des bergers, mais comédiens et bergers, qui ne sont pas pourtant du commun18, et qui t’entretiendront assez agréablement, des choses qui regardent leur profession et leurs amours. En un mot j’ose croire que cette peinture19 a ses grâces, aussi bien que la plus achevée des miennes ; l’invention en est nouvelle20, et si je ne me trompe divertissante, elle tient quelque chose de ce genre de poème, que les Italiens appellent capriccioso21 ; si l’impression la fait aussi bien réussir que le théâtre22, je ne plaindrai pas quinze jours, que m’a coûté sa [NP5] production. C’est ce que je dois apprendre de la voix publique, dont la tienne fait une partie : mais de grâce sois juste et clément pour cet ouvrage ; c’est-à-dire, estime ce qu’il a de bon, et pardonne-moi des fautes que tu ne verras que parce que je ne les ai point vues.