IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

La Bélinde, Tragi-comédie, où parmi le mélange agréable de diverses variétés deux princesses arrivent au comble de leurs désirs

Rampalle, Daniel de

Éditeur scientifique : Fournial, Céline

Description

Auteur du paratexteRampalle, Daniel de

Auteur de la pièceRampalle, Daniel de

Titre de la pièceLa Bélinde, Tragi-comédie, où parmi le mélange agréable de diverses variétés deux princesses arrivent au comble de leurs désirs

Titre du paratextePréface aux lecteurs

Genre du textePréface

Genre de la pièceTragi-comédie

Date1630

LangueFrançais

ÉditionLyon, Pierre Drobet, 1630, in-16. (Numérisation en cours)

Éditeur scientifiqueFournial, Céline

Nombre de pages4

Adresse source

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Rampalle-Belinde-Preface.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Rampalle-Belinde-Preface.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Rampalle-Belinde-Preface.odt

Mise à jour2015-02-16

Mots-clés

Mots-clés français

SujetInventé ; critique de l’imitation

DramaturgieRefus de l’unité d’action

ActionUnité d’action / pluralité d’intrigues

RéceptionBeaux esprits / peuple

FinalitéPlaisir

MetadiscoursCritique des préfaces

Mots-clés italiens

ArgomentoInventato ; critica dell’imitazione

DrammaturgiaRifiuto dell’unità d’azione

AzioneUnità d’azione / pluralità d’intrecci

RicezioneUomini di spirito / popolo

FinalitàDiletto

MetadiscorsoCritica delle prefazioni

Mots-clés espagnols

TemaInventado ; crítica de la imitación

DramaturgiaRechazo de la unidad de acción

AcciónUnidad de acción / pluralidad de intrigas

RecepciónPúblico culto / Vulgo

FinalidadDeleite

MetadiscursoCrítica de los prólogos

Présentation

Présentation en français

Dans une préface qui se joue des codes de la captatio benevolentiae, Rampalle choisit de ne s’adresser qu’à un lectorat mondain, celui des beaux esprits auxquels il veut plaire, au mépris du lecteur vulgaire. Il expose ensuite le difficile contexte d’écriture dont la pièce porterait l’empreinte, et explique que, faute de livres, il a dû inventer lui-même le sujet de sa pièce. Mais cette contrainte matérielle devient l’occasion de défendre la création maîtrisée d’un sujet contre l’imitation. Ainsi, l’auteur se targue de n’avoir imité personne dans la composition de sa pièce : inventio, dispositio et elocutio seraient originales. Prenant plaisir à se distinguer du commun tout au long de la préface, Rampalle annonce une pièce foisonnante d’actions qui prendrait par là même le contre-pied de la plupart des pièces contemporaines à sujet simple. Or, en ce début des années 1630, c’est précisément l’irrégulière tragi-comédie qui domine la production théâtrale ; Rampalle ne propose donc nullement une formule singulière. Même si étonnamment, en pleine période de débat sur les règles (voir notamment la Lettre sur la règle des vingt-quatre heures de Chapelain, les préfaces de Tyr et Sidon de Schélandre par Ogier, de La Silvanire de Mairet, de l’Amaranthe de Gombaud, de La Généreuse Allemande de Mareschal1), Rampalle ne prend pas clairement part à la discussion, ses choix d’écriture et sa préface le placent néanmoins du côté des irréguliers.

Texte

Préface aux Lecteurs.

{NP1} Combien que2 je n’approuve guère ces impertinentes protestations3 au lecteur, que la plupart des écrivains mettent au front4 de leurs ouvrages comme s’ils étaient tenus de rendre [compte] de leurs desseins à mille petites têtes dont l’approbation est indifférente, je me laisse toutefois emporter à la coutume pour dire aux bons esprits (à qui cet honneur est seulement dû5) que cette pièce étant née dans un village assez triste6, pendant les rigueurs de l’hiver et les appréhensions de la peste qui avait désolé7 tous les environs, il n’est pas merveille 8 si elle tient un peu de la rudesse du lieu de sa naissance. Ceux qui font profession de ce genre d’écrire9 ravivent quelquefois au moyen des bons livres la langueur de leurs esprits lassés10, et bien souvent ils éveillent leurs propres pensées par {NP2} la lecture de celle d’autrui. Mais n’ayant eu aucune de ces commodités dans ce fâcheux séjour, il [m’a] fallu trouver au bout de ma plume tout ce qu’il y a ici de bon ou de mauvais. Si bien que comme l’invention du sujet est entièrement mienne11, le discours et la disposition12 le sont tout de même et sans faire parade de la dépouille des autres13, je vous donne ici les fruits cueillis dans mon propre fonds, lesquels, s’ils ne sont parfaitement délicats, je ne crois pas aussi qu’ils soient entièrement fades. Il y en a qui se perdent eux-mêmes, afin qu’on les perde de vue et, s’égarant parmi des matières qu’ils n’entendent point, voguent sans rames et sans timon à la merci de leur fantaisie14. J’en sais des autres dont les pensées sont si ravalées15 et les conceptions de si peu de poids qu’il est de leur esprit comme du corps du petit poète Philetas, qui était contraint de porter des lames de plomb sous ses talons de peur d’être emporté du vent16. Je ne pense pas que ces extrémités se rencontrent ici et comme je n’ai pas assez de présomption pour croire d’avoir passé17 les autres, j’ai aussi assez de vanité pour estimer que j’en laisse beaucoup après moi. Ce n’est pas que je veuille donner à cet ouvrage quelque titre approchant de la perfection, c’est {NP3} un degré où plusieurs aspirent et où personne n’a encore atteint (outre que ceux qui m’ont vu après ce dessein savent bien qu’il me coûte si peu qu’il n’est pas possible qu’il vaille beaucoup), mais seulement pour obliger les beaux esprits18 de le parcourir entièrement, s’ils veulent trouver du goût en la diversité des intrigues dont cette pièce est entremêlée19, sachant bien qu’ils estimeront ce qu’elle aura de bon et en trouveront les défauts plus supportables par la connaissance des leurs. Pour le vulgaire20 je n’aurai pas beaucoup d’ennui21 quand il ne saura pas si je suis au monde : car c’est à mon avis le plus sensible déplaisir d’un poète que de voir ses œuvres entre les mains d’un sot, qui gâte les vers en les lisant ; et [je] trouve que Philoxène eut bonne raison de gâter la besogne d’un artiste qui estropiait ainsi une satire qu’il avait composée22. Mais je m’égare sans y penser et, sans me souvenir du commencement de cette épître, je ne m’avise point23 que je la [ferai] tantôt24 plus longue que les autres. Vous remarquerez donc seulement que la plus grande part des [comédies]25 qui ont paru jusqu’à présent n’ont qu’un simple sujet après lequel elles vont haletant26, sans mélange d’au{NP4}cune autre aventure, mais celle-ci a des événements [partout]27, comme vous pourrez voir.