IdT – Les idées du théâtre


 

Prologue

Tragique comédie française de l’homme justifié par Foi

Barran, Henri de

Éditeur scientifique : Lardon, Sabine

Description

Auteur du paratexteBarran, Henri de

Auteur de la pièceBarran, Henri de

Titre de la pièceTragique comédie française de l’homme justifié par Foi

Titre du paratextePrologue

Genre du textePrologue

Genre de la pièceTragique comédie

Date1554

LangueFrançais

Éditions. l., s. n., 1554, in-8°

Éditeur scientifiqueLardon, Sabine

Nombre de pages3

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k702797.r

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Barran-Hommejustifie-Prologue.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Barran-Hommejustifie-Prologue.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Barran-Hommejustifie-Prologue.odt

Mise à jour2013-03-31

Mots-clés

Mots-clés français

GenreTragique comédie

SourcesBible ; Nouveau Testament

SujetMatière plaisante

ReprésentationMontrer

FinalitéUtilité ; plaisir ; salut

ExpressionDiscours affable

Mots-clés italiens

GenereCommedia tragica

FontiBibbia ; Nuovo Testamento

ArgomentoMateria piacevole

RappresentazioneMostrare

FinalitàUtilità ; diletto ; salvezza

EspressioneDiscorso affabile

Mots-clés espagnols

GéneroComedia trágica

FuentesBiblia ; Nuevo Testamento

TemaMateria agradable

RepresentaciónMostrar

FinalidadUtilidad : placer ; salvación

ExpresiónDiscurso afable

Présentation

Présentation en français

Le prologue versifié de cette « tragique comédie » permet de justifier le recours au théâtre1. La pièce paraît en 1554. Les autorités catholiques comme protestantes condamnent à cette date le théâtre2 : en 1546, Calvin déconseille une représentation des Actes des Apôtres à Genève3 et en 1548, le parlement de Paris interdit la représentation des mystères qui ne porteraient pas sur un sujet profane4. L’auteur réformé Henri de Barran doit donc se justifier de son choix. Dans les six premiers vers de son prologue, il file ainsi implicitement le motif de l’utile dulci horacien5, rapprochant par trois fois « profit et plaisir », « profit bien grand et matière plaisante », « discours affable » et « point sur tous utile ». Cette utilité toute religieuse est résumée, au septième vers, par le terme « Justification » qui pose le sujet principal de la pièce, que les 56 vers suivants vont s’attacher à définir. La majeure partie du prologue est ainsi consacrée à la notion théologique protestante de justification par la foi6. Et la captatio benevolentiæ finale, bien qu’imitée des comiques antiques (« Plaise-vous donc nous donner doux silence »), reste subordonnée à cette visée didactique religieuse, « silence » rimant avec « conscience ». Henri de Barran met ainsi les idées du théâtre au service de celles de Dieu, marquant clairement leur décalage hiérarchique, le premier n’étant qu’un moyen au service d’une fin (la grâce et la vie éternelle).

Texte

Prologue            

[NP1] Puisque voulez par honnête désir,
Ne passer temps sans profit et plaisir,
À vos esprits maintenant se présente
Profit bien grand et matière plaisante,
5    Qui montrera par un discours affable
Le point sur tous utile et désirable,
Qui est nommé Justification,
Et le moyen d’avoir rémission
De nos péchés, et aussi la faveur
10    Du très bon Dieu notre Père et sauveur.
Vous verrez donc les causes de péché,
Comment aussi l’homme en étant taché,
Par la Loi vient en avoir connaissance,
Tant que voyant qu’il est par grand puissance
15    Lié et mis sous péché et sous mort,
Pour en sortir il fait tout son effort.
Rabbi lui dit qu’il lui est nécessaire,
Pour avoir paix, à la Loi satisfaire.
Paul dit que non : car le Seigneur par grâce
20    Tous les péchés des repentants efface.
Mais le pécheur à Rabbi donne foi,
Dont tôt après vient en grand désarroi :
Car étant mis sous la Loi en service,
Plus que devant7 connaît et sent son vice.
25    Par quoi Rabbi la face à la Loi bande :
Lors le pécheur ce que la Loi commande
Faire se dit, combien que rien n’en fait8 ;
Ainsi devient pharisien parfait.
Nous entendons par le pharisien
30    L’homme qui n’a dans son cœur aucun bien,
[NP2] Ains9 seulement l’apparence et la mine,
Lequel aussi est en vie et doctrine
De tous mortels divers et séparé,
Voulant toujours du monde être honoré,
35    Et préféré à toute autre personne.
Que si parfois au pauvre fait aumône,
Il ne le fait que pour gloire en avoir,
Se promettant qu’il a force et pouvoir
De se sauver par vertu de ses biens,
40    Et de gagner Paradis pour les siens.
Pharisien est un grand hypocrite,                [marginalia : « Matt. 15.]
Qui a souvent Dieu en bouche, et récite
Propos très saints ; mais il n’a rien au cœur
Qu’ambition et tout autre malheur.
45    Or étant tel, il a contentement
Un peu de temps ; mais puis10, en jugement,
De tout forfait se verra revêtu,
Par quoi sera si très fort abattu,
Que le verrez du tout11 en désespoir.
50    Et pour certain12, il serait hors d’espoir,
Si par la foi et par grâce divine
Il n’évitait sa prochaine ruine.
Mais par la foi le verrez relevé,
Et en degré de Chrétien élevé
55    Car il aura si certaine assurance
De la bonté et de la bienveillance
Du très bon Dieu par son Fils Jésus Christ,
Qu’il sentira repos en son esprit.
Or d’avoir peur de Satan plus n’a garde,
60    Car il aura Dieu pour sa sauvegarde
Par quoi fera en tout temps et saison
En ferme foi à Dieu son oraison ;
[NP3] Et l’adorant d’affection fidèle,
Par grâce aura enfin vie éternelle.
65        Plaise-vous donc nous donner doux silence,
Vous assurant que dans sa conscience
Chacun lira qu’il est de la partie.
Si bien aussi est l’histoire partie,
Qu’il n’est aucun à qui ne soit permis
70    Avec silence être en ce jeu admis.