IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

L’École des femmes

Molière

Éditeur scientifique : Louvat-Molozay, Bénédicte

Description

Auteur du paratexteMolière

Auteur de la pièceMolière

Titre de la pièceL’École des femmes

Titre du paratextePréface

Genre du textePréface

Genre de la pièceComédie

Date1663

LangueFrançais

ÉditionParis, Louis Billaine, 1663, in-12°

Éditeur scientifiqueLouvat-Molozay, Bénédicte

Nombre de pages2

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8610785b/f15

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Moliere-EcoleFemmes-Preface.xml

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Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Moliere-EcoleFemmes-Preface.odt

Mise à jour2013-04-02

Mots-clés

Mots-clés français

GenreDissertation en dialogue

RéceptionSuccès ; rieurs / esprits chagrins ; querelle

MetadiscoursNon-préface ; annonce de La Critique de L’École des femmes

AutreAbbé du Buisson

Mots-clés italiens

GenereDissertazione dialogata

RicezioneSuccesso ; spiriti ridarelli / spiriti tristi ; disputa

MetadiscorsoNon-prefazione ; annuncio della Critique de L’École des femmes

AltriAbbate du Buisson

Mots-clés espagnols

GéneroDisertación en diálogo

RecepciónÉxito ; reidores / malhumorados ; polémica

MetadiscursoNo-prefacio ; anuncio de La Crítica de la Escuela de las mujeres

OtrasAbad du Buisson

Présentation

Présentation en français

Créée le 26 décembre 1662 au Palais-Royal, L’École des femmes avait très vite suscité des critiques, dont il subsiste une trace au moins dans les Nouvelles nouvelles de Donneau de Visé (février 1663). Donneau voit dans la pièce plusieurs défauts de construction ; il nomme également les sources de Molière (le sujet de la « précaution inutile », traité notamment par Scarron, ainsi que les Facétieuses nuits de Straparole) et accuse le dramaturge de plagiat. Rien, au fond, que de très courant : fort du soutien du monarque et de sa famille (la pièce est jouée à la cour quinze jours après sa création à la ville et elle est dédiée à Henriette d’Angleterre, belle-sœur de Louis XIV), Molière aurait pu mettre très vite un terme à la querelle naissante. Il choisit au contraire de la nourrir, comme il apparaît dans la préface de L’École des femmes, imprimée dès le 17 mars 1663. Feignant de répondre à contre-cœur à ceux qui lui demandent de défendre son œuvre, il ne déploie qu’un rideau de fumée et utilise la forme de la préface comme un support publicitaire destiné à annoncer le texte qui rassemblera, de fait, l’essentiel de ses conceptions en matière de dramaturgie et d’esthétique comiques, à savoir La Critique de L’École des femmes (créée le 1er juin 1663). Au passage, il ne manque pas d’égratigner à la fois les esprits chagrins qui ont « frondé » sa pièce mais aussi ceux qui se targuent de composer « dissertations » et autres préfaces théoriques, en l’occurrence l’abbé d’Aubignac et sans doute Corneille (les Discours et Examens datent de 1660).

Texte

Préface    

[NP1] Bien des gens ont frondé d’abord1 cette comédie : mais les rieurs ont été pour elle, et tout le mal qu’on en a pu dire, n’a pu faire qu’elle n’ait eu un succès dont je me contente2. Je sais qu’on attend de moi, dans cette impression, quelque préface qui réponde aux censeurs et rende raison de mon ouvrage ; et sans doute3 que je suis assez redevable à toutes les personnes qui lui ont donné leur approbation pour me croire obligé de défendre leur jugement contre celui des autres : mais il se trouve qu’une grande partie des choses que j’aurais à dire sur ce sujet est déjà dans une dissertation4 que j’ai faite en dialogue, et dont je ne sais encore ce que je ferai. L’idée de ce dialogue ou, si l’on veut, de cette petite comédie, me vint après les deux ou trois premières représentations de ma pièce. Je la dis, cette idée, dans une maison où je me trouvai un soir, et d’abord5 une personne de qualité6, dont l’esprit est assez connu dans le [NP2] monde et qui me fait l’honneur de m’aimer, trouva le projet assez à son gré, non seulement pour me solliciter d’y mettre la main, mais encore pour l’y mettre lui-même, et je fus étonné que deux jours après il me montra toute l’affaire exécutée, d’une manière, à la vérité, beaucoup plus galante7 et plus spirituelle que je ne puis faire, mais où je trouvai des choses trop avantageuses pour moi, et j’eus peur que si je produisais cet ouvrage sur notre théâtre, on ne m’accusât d’abord8 d’avoir mendié les louanges qu’on m’y donnait. Cependant, cela m’empêcha, par quelque considération, d’achever ce que j’avais commencé ; mais tant de gens me pressent tous les jours de le faire, que je ne sais ce qui en sera, et cette incertitude est cause que je ne mets point dans cette préface ce qu’on verra dans La Critique, en cas que je me résolve à la faire paraître9. S’il faut que cela soit, je le dis encore, ce sera seulement pour venger le public du chagrin délicat10 de certaines gens ; car pour moi je m’en tiens assez vengé par la réussite de ma comédie, et je souhaite que toutes celles que je pourrai faire soient traitées par eux comme celle-ci, pourvu que le reste11 suive de même.