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Pièce poétique

Esther, tragédie de Pierre Matthieu

Matthieu, Pierre

Éditeur scientifique : Busca, Maurizio

Description

Auteur du paratexteMatthieu, Pierre

Auteur de la pièceMatthieu, Pierre

Titre de la pièceEsther, tragédie de Pierre Matthieu

Titre du paratexteTragœdiæ dialogismus ex authoris iconographicis emblematibus decerptus

Genre du textePièce poétique

Genre de la pièceTragédie

Date1585

LangueLatin

ÉditionLyon, Jean Stratius, 1585, in-12° (Numérisation en cours)

Éditeur scientifiqueBusca, Maurizio

Nombre de pages2

Adresse source

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/MatthieuEstherPiecepoetique.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/MatthieuEstherPiecepoetique.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/MatthieuEstherPiecepoetique.odt

Mise à jour2016-03-09

Mots-clés

Mots-clés français

GenreTragédie

SujetVengeance divine ; événements effroyables

ActionDébut heureux et épilogue funeste

RéceptionHaute valeur de la tragédie française contemporaine

ExpressionStyle grave et harmonieux

ActualitéAffinité entre la tragédie et le temps présent

AutreForce, véridicité et valeur prophétique de la tragédie ; rapport avec l’histoire

Mots-clés italiens

GenereTragedia

ArgomentoVendetta divina ; eventi spaventosi

AzioneInizio felice et epilogo funesto

RicezioneAlto valore della tragedia francese contemporanea

EspressioneStile grave e armonioso

AttualitàAffinità fra la tragedia e il tempo presente

AltriForza, veridicità e valore profetico della tragedia ; rapporto con la storia

Mots-clés espagnols

GéneroTragedia

TemaVenganza divina ; sucesos horrorosos

AcciónInicio feliz y epílogo funesto

RecepciónAlto valor de la tragedia francesa contemporánea

ExpresiónEstilo grave y armonioso

ActualidadAfinidad entre la tragedia y el tiempso presente

OtrasFuerza, veracidad y valor profético de la tragedia ; relación con la historia

Présentation

Présentation en français

Le Tragœdiæ dialogismus est un poème latin en distiques élégiaques, plutôt complexe en raison de sa densité : dans l’espace de quelques brèves répliques, Matthieu dresse un « portrait » de la tragédie dans lequel il est question de l’histoire du genre, ses thèmes, sa structure, son style, ses personnages, son public, ses rapports avec l’histoire et sa valeur prophétique ; un portrait dans lequel les fréquentes expressions elliptiques ou ambiguës rendent douteuse l’interprétation de plusieurs passages. La difficulté d’en fournir une lecture univoque est due, en outre, à l’absence de toute mention des sources théoriques sur lesquelles Matthieu fonde sa prosopopée de la tragédie. On peut raisonnablement supposer une connaissance des ouvrages d’Horace, de Quintilien et d’Ovide (dont l’élégie III, 1 des Amours pourrait avoir représenté un modèle pour le présent dialogue), tandis qu’il est plus difficile de saisir l’apport des auteurs et commentateurs modernes (Bade, Grévin, Scaliger, La Taille, Castelvetro...).

Pour Matthieu, la tragédie est un genre littéraire auquel la gravité du langage, des thèmes et des sujets confère force et noblesse ; fondée sur l’histoire, elle est porteuse de vérité et dotée d’une valeur prophétique. Après une série d’observations sur la nature et déroulement de l’action ainsi que sur l’universalité de la tragédie (ou du tragique, selon les interprétations possibles des vers 5-6), l’auteur exprime son admiration pour les pièces françaises de son époque (qu’il juge à la hauteur des pièces de l’antiquité) et se présente comme le dernier maillon d’une chaîne reliant les trois grands tragiques athéniens à Jodelle et Garnier, en passant par Sénèque et les tragiques romains.

Le présent dialogue figure aussi parmi les pièces liminaires de la tragédie Vasthi (Lyon, Benoît Rigaud, 1589) du même auteur. Les variantes ont été signalées ici entre crochets, précédées de la mention « 1589 : ».

Texte

Tragœdiæ dialogismus ex authoris iconographicis emblematibus decerptus.

{231} Matthæus et Tragœdia colloquuntur1.    

MA : Quæ tu tanta sonans gravitate ?2 TR : Tragœdia dicor.
MA : Ortus unde capis ? TR : Temporis auspicio [1589 : auspiciis]3.
MA : Qui pater ? TR : Eventus4. MA : Genitrix ? TR : Rhamnusia5.
MA : Fratres ? TR : Horror et exitium. MA : Quæ tibi turba comes ?
5    TR : Me redamant dubia nascentes sorte Monarchæ,
Reges sceptriferi rurigenique rudes6.
MA : Cur toga duplicibus depicta coloribus hæc pars
Anterior alba est nigraque posterior ?
TR : Principio ridens vultus ostendo benignos,
10    Flebilis at colophon7 nil nisi triste canit8.
MA : Dat tuba terribilem sonitum clangore canoro9.
TR : Regia castra metu concutit atque Deos.
MA : Quæ famulæ ? TR : Furiæ gladiosque crucesque ministrant
{232} Ulta quibus scelerum facta nefanda manent.
15    MA : Servorum cur tanta cohors ? TR : Mea numina pandunt :
Hi duce me possunt vincere tecta Iovis.
MA : Verba fides sequitur ? TR : Mentiri culpa nefasque10.
MA : Sed tua picta chelys candida nigra facit.
TR : Insequor historiae monumenta beata so[r]oris
20    Atque suis foliis scripta Sibylla probat11.
MA : Quæ dea laurigera dextra tibi monstrat Olympum ?
TR : Melpomene12 nostrum virgo Poëma beat.
MA : Euge ! Senes video. TR : Prudens est Æschilus ille
Dictus Apis hic est vates et Euripides13. [1589 : Dictus Apis [vir et] hic Cynthius Euripides]
25    MA : Qui Latiis tragicos versus inflare videtur ?
TR : Accius, Andronicus, Pacuvius, Seneca14.
MA : Ordine quo Gallos componis in arce theatri ?
TR : Iodellus prior est, Garnerius sequitur15. [1589 : Gallia iure suo nunc Helicona tenet16]
MA : Corniger hos hircus præcedit17. TR : Præmia confert
30    Laudis et illustrat pignore vatis opus.
MA : Talia dum modulor18, remanet quod munus ? TR : Habebis
Cornua19. MA : Cur ? [1589 : Habebis / Exuvias. Tragicæ...] TR : Tragicæ tu minor es choreæ20.

Dialogue de la tragédie tiré des emblèmes iconographiques de l’auteur.

Matthieu et la Tragédie discutent .

MA : Qui es-tu, toi qui chantes avec tant de gravité ? TR : On m’appelle Tragédie.
MA : D’où tiens-tu tes origines ? TR : [Je suis née] sous les auspices du temps.
MA : Qui est ton père ? TR : L’événement fatal. MA : Ta mère ? TR : La Vengeance divine.
MA : Tes frères ? TR : Horreur et ruine. MA : Qui compose cette foule qui t’accompagne ?
5    TR : À mon amour répondent des monarques qui naissent dans un sort incertain,
Des rois qui portent le sceptre et des hommes rudes, provenant de la campagne.
MA : Pourquoi ta toge est-elle peinte en deux couleurs,
La partie antérieure en blanc et la partie postérieure en noir ?
TR : Au début, je montre en souriant une mine bienveillante,
10    Mais le morne colophon ne chante rien qui ne soit triste.
MA : Ta trompette produit un retentissement terrifiant avec une clangueur harmonieuse.
TR : Elle fait ébranler par la peur les châteaux royaux et les dieux.
MA : Qui sont tes servantes ? FR : Les Furies s’occupent des épées et des croix,
De la vengeance des crimes impies sur lesquels elles s’acharnent.
15    MA : Pourquoi une telle cohorte d’esclaves ? TR : Ils déploient ma majesté :
Sous mon commandement ils peuvent vaincre la maison de Jupiter.
MA : Tiens-tu la parole donnée ? TR : Mentir est une faute et un crime.
MA : Mais ta lyre peinte rend noires les choses blanches !
TR : Je poursuis les témoignages illustres de ma sœur l’Histoire,
20    Et la Sibylle entérine mes écrits avec ses feuilles.
MA : Quelle déesse te montre l’Olympe de sa main droite ceinte avec le laurier ?
TR : La vierge Melpomène honore notre poésie.
MA : Très bien ! Je vois de vieux hommes. TR : Celui-là est le prudent Eschyle,
Celui-ci est le poète appelé « l’Abeille », et [le dernier est] Euripide [1589 : L’un est le     Prudent Eschyle, [celui-là est] le grand homme appelé « l’Abeille » et celui-ci est Euripide,     digne d’Apollon].
25    MA : Qui voit-on faire résonner les vers tragiques parmi les Romains ?
TR : Accius, Andronicus, Pacuvius, Sénèque.
MA : Dans quel ordre disposes-tu les Français au sommet du théâtre ?
TR : Jodelle est le premier, Garnier le suit [1589 : La Gaule impose désormais sa loi au mont     Hélicon].
MA : Un bouc cornu les précède. TR : Il apporte les récompenses
30    De la louange et illustre l’œuvre du poète par un enjeu.
MA : En modulant de telles choses, quel prix obtiendrai-je ? TR : Tu auras
ses cornes. MA : Pourquoi ? [1589 : Tu auras / ses dépouilles. Tu es...] TR : Tu es le plus jeune du chœur tragique.