IdT – Les idées du théâtre


 

Dédicace

Aman, seconde tragédie de Pierre Matthieu Docteur ès droits

Matthieu, Pierre

Éditeur scientifique : Busca, Maurizio

Description

Auteur du paratexteMatthieu, Pierre

Auteur de la pièceMatthieu, Pierre

Titre de la pièceAman, seconde tragédie de Pierre Matthieu Docteur ès droits

Titre du paratexteAux nobles et illustres consuls et échevins de la ville de Lyon

Genre du texteDédicace

Genre de la pièceTragédie

Date1589

LangueFrançais

ÉditionLyon, Benoît Rigaud, 1589, in-12° (numérisation en cours)

Éditeur scientifiqueBusca, Maurizio

Nombre de pages4

Adresse source

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Matthieu-Aman-Dedicace.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Matthieu-Aman-Dedicace.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Matthieu-Aman-Dedicace.odt

Mise à jour2015-05-06

Mots-clés

Mots-clés français

GenreTragédie

SourcesAncien Testament (Livre d’Esther)

SujetBiblique (véracité du sujet biblique et refus de la mythologie)

Dramaturgie« À la manière des Grecs »

Personnage(s)Mauvais conseiller / favori

FinalitéMorale (exemplum) : montrer aux reines qu’elles doivent apaiser le courroux des rois, et aux rois qu’ils ne doivent pas céder à la mauvaise influence de leurs mignons

ActualitéParallèle entre la tragédie et le présent « siècle tragique » ensanglanté par les guerres de religion ; mise en garde contre l’influence des mignons à la cour

Mots-clés italiens

GenereTragedia

FontiAntico Testamento (Libro di Ester)

ArgomentoBiblico (veridicità del soggetto biblico e rifiuto della mitologia)

Drammaturgia« Alla maniera dei greci »

Personaggio(i)Cattivo consigliere / favorito

FinalitàMorale (exemplum)

AttualitàParallelo tra la tragedia e il presente « secolo tragico » insanguinato dalle guerre di religione ; messa in guardia contro l’influenza dei favoriti a Corte

Mots-clés espagnols

GéneroTragedia

FuentesAntiguo testamento (Libro de Ester)

TemaBíblico (veracidad del sujeto bíblico y rechazo de la mitología)

Dramaturgia« A la manera de los griegos »

Personaje(s)Mal consejero / valido

FinalidadMoral (exemplum) : enseñar a las reinas que deben templar la ira de los reyes, y a los reyes que no deben ceder ante la mala influencia de sus validos

ActualidadParalelo entre la tragedia y el presente « siglo trágico » ensangrentado por las guerras de religión ; advertencia contra la influencia de los validos en la Corte

Présentation

Présentation en français

La tragédie biblique Aman, née du remaniement d’une pièce antérieure (Esther, 1585), met en scène l’histoire de la disgrâce du personnage éponyme, le puissant favori du roi Assuère. Aman, qui avait ourdi un plan pour exterminer le peuple juif afin de punir l’insoumission du pieux Mardochée, se vit démasqué et condamné à mort à cause de l’intervention de la reine Esther (elle-même juive et nièce de Mardochée).

La pièce se ainsi veut un exemplum visant à mettre en garde contre les mauvais conseillers les gouverneurs de la ville de Lyon, acteurs de la « prodigieuse tragédie » des guerres civiles qui se joue sur le « théâtre de la France » : à une époque tragique sied le genre tragique. L’auteur dénonce l’ascendant exercé sur le roi par ses favoris, dont l’influence est rarement due aux mérites ; leur sort est par conséquent souvent instable, donc adapté à ce genre. Tiré des « archives de l’Écriture Sainte », le sujet de cette tragédie se caractérise avant tout par sa véracité et par son autorité, en opposition au mythe grec (qualifié de « fable », et donc de parole vaine et mensongère) et à l’« orgueilleuse » histoire romaine. Bien que la source biblique de l’histoire d’Aman soit en elle-même une garantie suffisante de vérité, Matthieu fournit plusieurs exemples de favoris célèbres, issus de l’histoire ancienne et moderne, qui ont été victimes d’un renversement brutal de leur sort.

Texte

Aux nobles et illustres consuls et échevins de la ville de Lyon.

{2r} Messieurs, si tout ce qui se voit de bien accompli entre les actions humaines semble avoir beaucoup plus de grâce quand il paraît autorisé du privilège du temps et qu’il se dit être fait à propos, qui dira que cette tragédie, composée en un siècle tragique1, soit à tort dédiée à ceux qui sans masque et dissimulation se représentent2 avec tant d’autres sur le théâtre de la France, pour faire voir la prodigieuse3 tragédie du schisme, du discord4, de la déloyauté, de l’hérésie, quatre monstres cruels qui ensanglantent la scène tant élevée de cette jadis florissante monarchie5 ? Je vous dédie donc cette histoire {2v} tragique6, l’argument de laquelle je n’ai emprunté des fables des Grecs, des orgueilleuses antiquités des Romains, mais de la vérité des archives de l’Écriture Sainte7, pour vous faire voir la malheureuse fin d’un prince qui, d’un pernicieux conseil, charmait jadis l’entendement d’un roi païen et disposait de son autorité selon la passion de son traître et ambitieux esprit, conjurant d’extirper l’union du peuple de Dieu, le massacrer, le proscrire et l’accabler de mille maux8, pour seul manier à sa volonté et selon les ressorts de son ambition la monarchie des Mèdes et des Perses. Mais ce qu’il machinait sur les innocents tomba sur sa tête et celle de ses partisans, endurant9 le supplice qu’il avait préparé pour ses ennemis ; ainsi, sous le favorable crédit d’Esther, les Juifs sont retirés du danger où il les voulait précipiter. Et par là se montre à l’œil comme10 les reines doivent apaiser les courroux des rois sur l’oppression de leurs sujets11, et qu’iceux12 ne doivent tant céder à leur affection que la grâce qu’ils portent à leurs mignons soit au préjudice {3r} de ceux qui, par leurs valeurs, méritent d’être favorisés et honorés de la libéralité d’un prince, la bienveillance duquel est de bien peu de durée si elle n’a le mérite et la sincérité de la conscience pour fondement ; et toujours on a vu que ceux qui en ont abusé n’ont eu d’autre récompense qu’une infamie et repentir, de quoi pourrait donner sans reproche, vrai et assuré témoignage, Herméas tant bien venu vers le roi Antiochus13, un Ælius Sejanus vers Tibère14, un Cléandre vers le fils de Marc Aurèle, Commodus15, un Pla[u]tianus vers Sévèrus16, un Tangarbardir vers le grand sultan d’Égypte17, un Habrain Baschas vers le Sultan Soliman18, les deux Hugues Despencer vers le roi Édouard second d’Angleterre19, Pierre de Gaveston vers Édouard un autre20, et le sieur de Marignan vers Philippe le Bel21, et Jean de Montagu vers Charles sixième22. Tous [c]es mignons n’eurent enfin autre grâce de leur roi que ou la roue ou le gibet, ou quelque autre capital supplice, par leur insolence, méconnaissance et ambition. {3v} Sur le sujet de ce tragique changement23, j’ai discouru à la manière des Grecs24 en ce second poème d’Esther25 tout ce que26 le temps m’a permis pour – le vous offrant comme j’ai fait le premier à monseigneur le duc de Nemours – vous assurer de mon devoir et de l’obligation que j’ai à27 prier Dieu pour vous maintenir longuement et heureusement en la paix et union.