IdT – Les idées du théâtre


 

Dédicace

Saint Eustache martyr

Baro, Balthasar

Éditeur scientifique : Teulade, Anne

Description

Auteur du paratexteBaro, Balthasar

Auteur de la pièceBaro, Balthasar

Titre de la pièceSaint Eustache martyr

Titre du paratexteÀ la Reine d’Angleterre, Henriette-Marie fille de France

Genre du texteDédicace

Genre de la piècePoème dramatique

Date1649

LangueFrançais

ÉditionParis, Antoine de Sommaville, 1649, in-4°

Éditeur scientifiqueTeulade, Anne

Nombre de pages4

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k116953q

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Baro-SaintEustache-Dedicace.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Baro-SaintEustache-Dedicace.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Baro-SaintEustache-Dedicace.odt

Mise à jour2015-05-25

Mots-clés

Mots-clés français

SujetNoblesse ; hagiographie

ActionPéripéties, malheurs

Personnage(s)Saint, héros vertueux

DédicataireAnalogie de destinées : souffrances et vertus

Mots-clés italiens

ArgomentoNobiltà ; agiografia

AzionePeripezie, sfortune

Personaggio(i)Santo, eroe virtuoso

Dedicatario e PersonaggioAnalogia dei destini : sofferenze e virtù

Mots-clés espagnols

TemaNobleza ; hagiografía

AcciónPeripecias ; infortunios

Personaje(s)Santo ; héroe virtuoso

Dedicatario y personajeAnalogía de destinos : sufrimientos y virtudes

Présentation

Présentation en français

Saint Eustache martyr de Balthasar Baro est remarquable parce qu’il s’agit d’une des premières pièces hagiographiques représentées sur la scène parisienne, à l’Hôtel de Bourgogne, en 1639 : elle précède les tragédies de Corneille, de Rotrou et de Desfontaines, et met en scène un saint qui sera repris par ce dernier dans sa première de ses trois tragédies hagiographiques (Le Martyre de saint Eustache, 1643). L’édition du Saint Eustache survient en 1649, soit dix ans après sa représentation. Ce long laps de temps est exceptionnel en France, et ses raisons n’ont pas été élucidées1. Dans tous les cas, la dédicace est adressée à une figure royale, Henriette-Marie, dont les infortunes ont eu lieu après la représentation : elle s’est réfugiée à la cour de France en 1644. Ainsi, au moment où Baro publie sa pièce, il évoque les souffrances de son héros en référence aux péripéties contemporaines et fameuses endurées par une proche de la famille royale française. Inscrivant le cheminement de son héros en regard d’un parcours si fameux, il confère une actualité et un efficacité spirituelle particulièrement aiguës à sa pièce. Destinée à apporter la consolation, l’œuvre tranche avec les perspectives plus profanes et politiques2 des tragédies à martyres de Corneille3 et de Puget de la Serre4, par exemple.

Texte

À la Reine d’Angleterre, Henriette-Marie fille de France5.

Madame,

[NP1] Cet illustre martyr6 que je prends la hardiesse d’exposer aux yeux de Votre Majesté se flatte d’une espérance qui ne sera peut-être pas vaine, et croit avec [NP2] quelque justice que le récit de ses peines apportera quelque consolation à vos déplaisirs. Votre vie et la sienne ont un rapport7 qui me donne de l’étonnement et de l’admiration tout ensemble, et si l’on y peut trouver quelque différence, elle servira seulement à faire voir que, votre vertu ayant été plus éprouvée, elle doit être aussi plus glorieuse8. Placide était sorti d’un sang dont Rome considérait la noblesse, mais l’Histoire ne marque pas qu’il eut comme vous pour aïeux une longue suite de rois, et parmi les biens qu’il perdit, elle ne compte point de couronnes. Il fut l’innocent et le misérable spectateur de l’enlèvement de sa femme, dont l’honneur faillit d’être la proie d’un ravisseur insolent9 ; et Votre Majesté peut dire avoir vu la moitié de soi-même, ou plutôt son tout entre les mains des bourreaux, dont la rage criminelle a triomphé de son honneur et de sa vie10. À peine, Madame, qu’en écrivant ces paroles mon âme n’abandonne mon corps, et ne se mêle aux [NP3] larmes de sang que je verse. Ma douleur va dans un excès qui ne peut être surpassé que par le vôtre. Et certes si jamais la reconnaissance fut capable d’exciter un juste ressentiment11, elle doit produire cet effet en moi, qui reçus autrefois de la générosité de ce prince des bienfaits qui ne mourront jamais en mon souvenir12. Je sais bien, Madame, que m’ayant été procurés13 par Votre Majesté, votre bonté en doit partager la gloire, mais elle me permettra de dire à l’avantage de ce monarque infortuné que quand il était question de faire du bien, son esprit ne souffrait point de violence, et qu’il était bien plus difficile d’arrêter sa libéralité que de l’émouvoir. Qui saura l’état où Votre Majesté se rencontre maintenant après des pertes si funestes verra bien que le présent que j’ose lui faire est plutôt pour m’acquitter des grâces que j’en ai reçues que pour en attirer de nouvelles. Dieu m’est témoin que je n’ai rien que je ne sois prêt à sacrifier pour vos intérêts, et [NP4] que, ne pouvant pas me vanter d’avoir une fortune qui puisse contribuer quelque chose à vous faire rendre ce que la rébellion et l’injustice vous ont en quelque façon ravi, j’ai au moins quelques restes de vie que j’y emploierai avec chaleur, et avec autant de passion que j’en ai d’être cru,

De Votre Majesté, Madame,

Très humble, très obéissant,

très fidèle, et très obligé serviteur,

Baro.