IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

Aricidie ou le mariage de Tite

Le Vert

Éditeur scientifique : Fournial, Céline

Description

Auteur du paratexteLe Vert

Auteur de la pièceLe Vert

Titre de la pièceAricidie ou le mariage de Tite

Titre du paratexteAu Lecteur

Genre du textePréface

Genre de la pièceTragi-comédie

Date1646

LangueFrançais

Éditionimprimé à Rouen et se vend à Paris, Antoine de Sommaville, 1646, in-4°

Éditeur scientifiqueFournial, Céline

Nombre de pages2

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k109777w.r

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/LeVert-Aricidie-Preface.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/LeVert-Aricidie-Preface.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/LeVert-Aricidie-Preface.odt

Mise à jour2013-05-09

Mots-clés

Mots-clés français

SourcesSuétone ; Tacite

SujetHistorique / épisode inventé

DramaturgieVraisemblance

Personnage(s)Tite ; Aricidie ; Vespasian ; Domitian

MetadiscoursGoût pour les préfaces brèves ; utilité des préfaces

Relations professionnellesAmitié avec Corneille ; éloge de Corneille

AutreOrigine normande

Mots-clés italiens

FontiSuetonio ; Tacito

ArgomentoStorico / episodio inventato

DrammaturgiaVerosimiglianza

Personaggio(i)Tito ; Aricidia ; Vespasiano ; Domiziano

MetadiscorsoGusto per le prefazioni brevi ; utilità delle prefazioni

Rapporti professionaliAmicizia con Corneille ; elogio di Corneille

AltriOrigine normanna

Mots-clés espagnols

FuentesSuetonio ; Tácito

TemaHistórico / episodio inventado

DramaturgiaVerosimilitud

Personaje(s)Tite ; Aricidie ; Vespasian ; Domitian

MetadiscursoGusto por los prólogos cortos ; utilidad de los prólogos

Relaciones profesionalesAmistad con Corneille ; elogio de Corneille

OtrasOrigen normando

Présentation

Présentation en français

Dans les années 1640, les auteurs de tragi-comédies commencent à se tourner vers un nouveau type d’inspiration : les sources historiques, qui jusque là étaient réservées à la tragédie. C’est à cette époque que Le Vert compose une tragi-comédie à sujet romain et fait entrer pour la première fois le personnage de Titus sur la scène française en dramatisant son mariage méconnu avec Aricidie. Pour anticiper les critiques traditionnellement adressées aux Normands – au premier rang desquelles il cite l’altération de la vérité –, l’auteur rouennais prend soin d’alléguer Suétone comme garant de la vérité historique de son sujet, ce qui n’est guère l’usage en tête d’une tragi-comédie. Le Vert décrit alors la place qu’occupent les sources historiques dans son travail de création : elles offrent la base sur laquelle il construit une intrigue inventée mais toujours vraisemblable, et il déduit de leur combinaison des épisodes possibles, à défaut d’être avérés. Le dramaturge souligne enfin l’intérêt des préfaces, qui renseignent utilement le lecteur au seuil des pièces, et renvoie à ce titre à l’exemple de Cinna et de Polyeucte. La référence à ces tragédies du « grand Maître de l’Art », dont Le Vert prétend être l’ami, signalent à nouveau l’empreinte du modèle tragique sur Aricidie mais plus largement son influence croissante sur tout le genre tragi-comique en ce milieu des années 1640.

Texte

Au Lecteur

[NP1] Comme je suis assez heureux pour être né Normand, je ne suis pas assez vain pour croire qu’on ne me reprochera pas les défauts que le vulgaire impute grossièrement à ceux de ma nation1. Il les accuse d’altérer quelquefois la vérité et de cacher sous des adresses artificieuses le lustre et l’éclat de cette brillante lumière de toutes les actions de la vie2. Il me serait aussi glorieux que facile de défendre ici l’innocence et la cause générale de ma patrie, et de rejeter sur la jalousie que l’on a conçue autrefois de ses anciennes prospérités cette injuste calomnie, confirmée3 seulement par le temps et par la médisance. Mais puisque je réserve pour un autre lieu cette apologie et ce pieux devoir que je veux rendre à mon pays4, je me contenterai maintenant de ne m’intéresser que pour moi5 et d’appuyer par de solides témoignages la base et le sujet de mon poème. Ceux qui n’ont connu Tite que superficiellement ont toujours pensé que ce prince n’a jamais aimé que Bérénice6 et, n’ayant été que deux ans Empereur, qu’il soit mort fort jeune. Mais Suétone7 les instruira suffisamment de ses inclinations et leur apprendra qu’il fut marié deux fois, que sa première femme était notre Aricidie, fille de Tertulle, chevalier romain qui avait été capitaine des cohortes prétoriennes, et que la seconde se nommait Marcie Fulvie8 qu’il épousa à l’âge de quarante ans. Je n’ai point appréhendé de bâtir sur ce fondement, et la principale action de cet ouvrage étant son mariage, qui est un incident9 et une circonstance véritable dans l’Histoire, il m’a semblé que je pouvais y joindre quelque épisode10 vraisemblable11. Je l’ai trouvé dans Tacite, qui rapporte au 4[ième] livre des Hist[oires]12 que Vologèse roi des Parthes envoya des ambassadeurs à Vespasian lui offrir quarante mille hommes de cheval pour l’assister dans la guerre qu’il commençait pour lors contre Vitelle13 ; et sur cette amitié effective qui était entre ces deux Princes, j’ai feint une alliance apparente14 qui peut y avoir été15 : car comme je ne saurais montrer que Domitian ait épousé Zaratte, fille de Vologèse, aussi ne peut-on pas me prouver qu’elle n’ait point été sa femme qui soit morte aux premières années de leur mariage16. Voilà, mon cher lecteur, de quoi j’ai formé le corps de mon sujet et le peu que j’avais à vous dire, que vous approuverez si vous êtes de mon sentiment. Les préfaces, que j’aime quand elles ne sont pas trop longues17, ne me [NP2] semblent point absolument inutiles, particulièrement dans les histoires peu connues, où le moindre avertissement donne quelquefois beaucoup de lumière et d’intelligence. Je n’ignore pas que cette mienne opinion ne puisse être condamnée de quelques-uns, mais je sais bien aussi qu’elle est suivie de beaucoup d’autres et que j’ai pour modèle et pour partisan (comme pour ami18 et pour compatriote, dont je ne tire pas une petite vanité) le grand Maître de l’Art19, qui dans le Cinna20 et le Polyeucte n’a pas jugé hors de propos de préparer ses lecteurs par des commencements semblables21.