IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

La Muse Champêtre du Sieur de La Charnaye, Gentilhomme Nivernois. Contenant la Tragédie de Madonte, extraite de l’Astrée : avec un mélange d’Énigmes, Épigrammes, Sonnets, Stances, et autres sortes de vers

La Charnaye

Éditeur scientifique : Déléris, Alban

Description

Auteur du paratexteLa Charnaye

Auteur de la pièceLa Charnaye

Titre de la pièceLa Muse Champêtre du Sieur de La Charnaye, Gentilhomme Nivernois. Contenant la Tragédie de Madonte, extraite de l’Astrée : avec un mélange d’Énigmes, Épigrammes, Sonnets, Stances, et autres sortes de vers

Titre du paratexteAvertissement au Lecteur

Genre du textePréface

Genre de la pièceTragédie

Date1623

LangueFrançais

ÉditionParis : Jacques Villery, 1623, in-4°. (Numérisation en cours)

Éditeur scientifiqueDéléris, Alban

Nombre de pages4

Adresse source

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/LaCharnaye-MuseChampetre-dedicace.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/LaCharnaye-MuseChampetre-dedicace.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/LaCharnaye-MuseChampetre-dedicace.odt

Mise à jour2013-10-23

Mots-clés

Mots-clés français

SujetTitre renvoyant au sujet et à la genèse de l’œuvre

ExpressionRègles

AutreAnciens et Modernes ; critique des Modernes et des poètes de la Cour ; Paris / province

Mots-clés italiens

ArgomentoTitolo che rimanda al soggetto e alla genesi dell’opera

EspressioneRegole

AltriAntichi e Moderni ; critica dei Moderni e dei poeti della corte ; Parigi / provincia

Mots-clés espagnols

TemaTítulo que remite al tema y a la génesis de la obra

ExpresiónReglas

OtrasAntiguos y modernos ; crítica de los Modernos y de los poetas de la Corte ; París / provincia

Présentation

Présentation en français

La tragédie Madonte est extraite du recueil La Muse Champêtre qui contient, outre cette pièce, un mélange d’énigmes, épigrammes et autres pièces poétiques. Son auteur, Pierre Cotignon de La Charnaye est ainsi connu pour avoir fréquenté plusieurs cercles poétiques, dont celui des « Illustres Bergers », rassemblés autour d’une admiration commune pour Ronsard. Dans l’Avertissement au Lecteur de La Muse Champêtre, l’auteur explique le choix de ce titre pour son recueil, adapté d’une histoire de l’Astrée (dont les trois premières parties avaient déjà été publiées, respectivement en 1607, 1610 et 1619) : La Charnaye a cependant remanié cette matière pastorale puisqu’il donne à sa pièce une issue tragique. De plus, La Charnaye évoque par ce biais sa situation de poète nivernais, évitant les modes et les agitations de la Cour et de la vie parisienne. Ami de Guillaume Colletet (qu’il fréquente notamment au sein du groupe des « Illustres Bergers »), cet admirateur de Ronsard en profite enfin pour exposer ses conceptions poétiques, qui consistent essentiellement en une critique des poètes parisiens fondée sur des arguments anti-modernistes. Adoptant une posture à la fois d’écart et de modération par rapport au débat sur l’elocutio qui oppose partisans de Malherbe et partisans de Ronsard (débat qu’on retrouve notamment dans les préfaces des différents tomes du Théâtre d’Alexandre Hardy ou dans la « Lettre à Malherbe » adressée par Racan en tête de ses Bergeries)1, Cotignon se proclame fervent admirateur des Anciens et prône leur imitation comme programme poétique.

Texte

Avertissement au Lecteur

{NP1} Ami Lecteur. J’aurais mauvaise grâce si je m’excusais des défauts que tu pourrais remarquer en cet ouvrage. Je sais qu’il n’y a point d’Édit qui me contraigne à le publier, et d’ailleurs je témoignerais d’abord que je ne serais rien moins qu’un Poète étant privé de la principale qualité qu’on y remarque en ce temps, qui est la présomption et la bonne opinion de soi-même.

Les Pasteurs d’ici
M’estiment bon Poète, et je le suis aussi2.

Je t’aborde seulement en passant pour te dire deux mots : l’un que le titre de Muse Champêtre que je donne à mon Livre, tient plutôt de l’endroit où il a été composé que du sujet qui s’y traite3 ; étant raisonnable qu’il porte sur le front4 {NP2}le lieu de sa naissance puisqu’il lui en est redevable. Et certes qui considérera la situation de ma maison, d’où l’œil découvre toutes les beautés qu’on saurait désirer en un paysage, et la solitude qui l’éloigne du bruit et du tumulte des villes comme autrefois les Temples des Muses, avouera qu’il est bien difficile à un Gentilhomme de l’habiter sans y devenir Poète5, le pays étant aussi propre à composer des vers, que la Béotie6 à rendre des Oracles.

L’autre point que je te veux faire savoir est, que je n’ignore pas que ces ouvrages ne sont pas travaillés selon les lois de la Poésie moderne qui règne à la Cour7. Je sais que ceux qui se sont créés8 par leurs propres suffrages juges souverains en cette cause condamnent tout à fait ce genre d’écrire : mais leur censure est de légère autorité envers moi qui suis hors du ressort de leur puissance9, comme étant tout autre plutôt que Poète courtisan, de qui les Muses esclaves ont beaucoup plus d’affetterie et de fard que de naïve10 beauté. Je marche dans les vestiges des Anciens11, et tâche d’imiter ces grands Personnages que la science et sublimité d’esprit a relevés au{NP3}tant au-dessus de ces nouveaux censeurs.

Comme des hauts Cyprès le chef aigu surpasse
Les plis tors et rampants de la viorne basse.

Leurs divins vers qui sont autant de trompettes éclatantes incessamment à mes oreilles m’empêchent de les prêter aux nouvelles lois poétiques que l’on veut mettre en crédit aujourd’hui. N’attends donc point ici des vers à la mode pauvres de sens et riches de rime12, qui peuvent imposer quelquefois à l’oreille par leur douce cadence, mais non jamais au jugement d’un homme entendu, et te persuades que les Muses se plaisent bien autant en nos Antres bocagers, qu’au voisinage du Louvre ou à la promenade du Pont-Neuf13. Que si ton esprit n’est prévenu d’une opinion erronée, j’espère que tu prendras plaisir à l’entretien de cette fille champêtre ; et davantage encore quand elle te paraîtra quelque jour pour une seconde fois plus ample et mieux en ordre enrichie de plusieurs pièces que mon loisir n’a pu {NP4}permettre d’étendre sous la presse14, tu m’obligeras à te la montrer de cette façon si tu la vois de bon œil en l’équipage15 que je te la présente.

Adieu.