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Prologue

Cléopâtre captive, tragédie d’Étienne Jodelle parisien (tragédie). Les Œuvres et Mélanges poétiques d’Étienne Jodelle, sieur du Lymodin, Premier Volume

Jodelle, Étienne

Éditeur scientifique : Lamy-Houdry, Mathilde

Description

Auteur du paratexteJodelle, Étienne

Auteur de la pièceJodelle, Étienne

Titre de la pièceCléopâtre captive, tragédie d’Étienne Jodelle parisien (tragédie). Les Œuvres et Mélanges poétiques d’Étienne Jodelle, sieur du Lymodin, Premier Volume

Titre du paratextePrologue

Genre du textePrologue

Genre de la pièceTragédie

Date1574

LangueFrançais

ÉditionParis, Nicolas Chesneau, Mamert Patisson, 1574, in-4°

Éditeur scientifiqueLamy-Houdry, Mathilde

Nombre de pages3

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k719395/f462

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Jodelle-Cleopatre-Prologue.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Jodelle-Cleopatre-Prologue.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Jodelle-Cleopatre-Prologue.odt

Mise à jour2014-10-15

Mots-clés

Mots-clés français

GenreTragédie

SujetHistoire

DédicataireOctave contre-modèle présenté à Henri II

FinalitéÉcole des rois

ActualitéGuerres d’Italie ; Charles Quint

Mots-clés italiens

GenereTragedia

ArgomentoStoria

Dedicatario e PersonaggioOttavio contro-modello offerto a Enrico II

FinalitàScuola dei re

AttualitàGuerre d’Italia ; Carlo Quinto

Mots-clés espagnols

GéneroTragedia

TemaHistoria

Dedicatario y personajeOctavio contra-modelo presentado a Enrique II

RecepciónEscuela de los reyes

ActualidadGuerras de Italia ; Carlos Quinto

Présentation

Présentation en français

À l’ouverture de la première tragédie française à l’antique, représentée en 1553, dans un prologue de soixante-deux vers, Jodelle commence par faire l’éloge de Henri II1, fils du Père des Lettres François Ier et vainqueur de Charles Quint, pour ensuite présenter la pièce dans sa singularité. Adoptant un style élevé et puisant à la source antique, Cléopâtre captive permet la renaissance du genre tragique. La tragédie française, de tonalité élégiaque, se définit comme une école des rois, puisque Henri II est invité à « sonder » les défauts d’Octave, le tyran vainqueur de Cléopâtre, pour les éviter. Le prologue se termine par un appel à la bienveillance et à la pérennité du genre, qui doit se développer et se perfectionner.

Texte

Prologue            

{223r http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k719395/f462} Puisque la terre (ô Roi, des Rois la crainte)
Qui ne refuse être à tes lois étreinte,
De la grandeur de son saint nom s’étonne,
Qu’elle a gravé dans sa double colonne2 ;
5    Puisque la mer qui te fait son Neptune3,
Bruit4 en ses flots ton heureuse fortune,
Et que le Ciel riant à ta victoire
Se voit mirer5 au parfait de6 ta gloire :
Pourraient vers toi les Muses telles être,
10De n’adorer et leur père et leur maître ?7
Pourraient les tiens nous celer tes louanges,
Qu’on oit tonner par les peuples étranges ?8
Nul ne saurait tellement envers toi
Se rendre ingrat, qu’il ne chante son roi.
15Les bons esprits que ton père9 forma,
Qui les neuf Sœurs en France ranima,
Du père et fils se pourraient-ils bien taire10,
Quand à tous deux telle chose a pu plaire ?
{223v http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k719395/f463} Lorsque le temps nous aura présenté    
20    Ce qui sera digne d’être chanté
D’un si grand prince, ains11 d’un dieu dont la place
Se voit au Ciel jà12 montrer son espace,
Et si ce temps qui toute chose enfante
Nous eût offert ta gloire triomphante,
25    Pour assez tôt de nous être chantée,
Et maintenant à tes yeux présentée,
Tu n’orrais point de nos bouches sinon13
Du grand Henri14 le triomphe et le nom.
Mais pour autant que ta gloire entendue
30    En peu de temps ne peut être rendue –
Que dis-je en peu ? mais en cent mille années
Ne seraient pas tes louanges bornées –
Nous t’apportons (ô bien petit hommage15)
Ce bien peu d’œuvre ouvré de ton langage16,
35    Mais tel pourtant que ce langage tien
N’avait jamais dérobé ce grand bien
Des auteurs vieux17. C’est une tragédie,
Qui d’une voix et plaintive18 et hardie
Te représente un Romain Marc Antoine,
40Et Cléopâtre Égyptienne Reine19,
Laquelle, après qu’Antoine son ami
Étant déjà vaincu par l’ennemi
Se fut tué, jà se sentant captive,
Et qu’on voulait la porter toute vive
45    En un triomphe avecque ses deux femmes,
S’occit20. Ici les désirs et les flammes
Des deux amans, d’Octavian aussi
L’orgueil, l’audace, et le journel21 souci
{224r http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k719395/f464} De son trophée empreint tu sonderas22,                
50    Et plus qu’à lui le tien égaleras,
Vu qu’il faudra que ses successeurs mêmes23
Cèdent pour toi aux volontés suprêmes,
Qui jà le monde à ta couronne vouent,
Et le commis de tous les dieux t’avouent24.
55 Reçois donc, Sire, et d’un visage humain25
Prends ce devoir de ceux qui sous ta main,
Tant les esprits que les corps entretiennent,
Et devant toi agenouiller se viennent,
En attendant que mieux nous te chantions26,
60    Et qu’à tes yeux saintement présentions
Ce que jà chante à toi le fils des dieux,
La terre toute, et la mer, et les Cieux27.