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Dédicace

Les chastes et loyales amours de Théagène et Chariclée. Réduites du grec de l’Histoire d’Héliodore en huit poèmes dramatiques, ou Théâtre consécutifs. Par Alexandre Hardy, Parisien.

Hardy, Alexandre

Éditeur scientifique : Cavaillé, Fabien

Description

Auteur du paratexteHardy, Alexandre

Auteur de la pièceHardy, Alexandre

Titre de la pièceLes chastes et loyales amours de Théagène et Chariclée. Réduites du grec de l’Histoire d’Héliodore en huit poèmes dramatiques, ou Théâtre consécutifs. Par Alexandre Hardy, Parisien.

Titre du paratexteA Monsieur Payen, conseiller du Roi, en sa cour de Parlement de Paris, et Sieur des Landes.

Genre du texteDédicace

Genre de la pièceTragi-comédie en huit journées

Date1623

LangueFrançais

ÉditionParis : Jacques Quesnel, 1623, in-8°. (Numérisation en cours)

Éditeur scientifiqueCavaillé, Fabien

Nombre de pages4

Adresse source

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Hardy-Theagene-Dedicace.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Hardy-Theagene-Dedicace.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Hardy-Theagene-Dedicace.odt

Mise à jour2013-01-20

Mots-clés

Mots-clés français

SourcesHorace

SujetRoman

DramaturgieComparaison avec l’épopée ; succession des épisodes

RéceptionApprobation du public

Mots-clés italiens

FontiOrazio

ArgomentoRomanzo

DrammaturgiaParagone coll’epopea ; successione degli episodi

RicezioneApprobazione del pubblico

Mots-clés espagnols

FuentesHoracio

TemaNovela

DramaturgiaComparación con la epopeya ; sucesión de episodios

RecepciónValoración positiva del público

Présentation

Présentation en français

Les chastes et loyales amours de Théagène et Chariclée sont la première pièce qu’Alexandre Hardy publie, probablement comme un coup d’essai et comme une manière de tâter le terrain. Il a bien en tête la publication de ses meilleurs ouvrages puisqu’il prend le 8 octobre 1622 un privilège pour toute son œuvre mais la tragi-comédie inspirée d’Héliodore semble avoir été le premier projet précis. Contrairement aux cinq tomes du Théâtre d’Alexandre Hardy, parisien dont les dédicataires sont de grands aristocrates appartenant à l’entourage royal, ce premier opus est adressé à un jeune parlementaire, amateur de poésie. Et contrairement aux ouvrages qui suivront, cette dédicace est autant le lieu d’une justification poétique qu’une demande de protection.

Alexandre Hardy, en effet, revient sur la dramaturgie particulière des Chastes et loyales Amours de Théagène et Chariclée : adaptation théâtrale d’un roman grec, sa tragi-comédie en huit journées ne repose sur aucun des principes antiques. Il justifie l’ « irrégularité » de sa pièce par l’approbation publique, par l’usage et par la comparaison avec l’épopée – assimilation rare du théâtre au modèle épique qui témoigne de la liberté d’esprit du poète.

Cette dédicace s’ouvre par un remerciement adressé à Pierre Payen pour l’avoir protégé – et avoir vraisemblablement récompensé son talent poétique. Elle continue par une défense contre les critiques qui s’attaquent à son œuvre et s’achève par la justification de la dramaturgie à épisodes de sa pièce.

Texte

A Monsieur, Monsieur Payen1, conseiller du roi en sa cour de Parlement de Paris, et Sieur des Landes

{NP1} Monsieur, encore que les premiers fruits n’atteignent pas cette perfection de bonté, que leur apporte le temps, on les consacrait anciennement aux Dieux par une préférence d’honneur qui se rendait agréable, semblant la nouveauté suppléer à ce qui d’ailleurs était défectueux, ainsi cette inimitable histoire d’Héliodore2, à laquelle j’ai fait prendre le cothurne français éclose pendant les bouillons d’une jeunesse, s’ose jeter en l’asile de votre protection, comme seul qui dans la France avez reçu ma pauvre Muse à bras ouverts en son affliction, et vu de bon œil ce peu de fleurs qu’elle a pu produire entre les épines de toutes [sortes] d’incommodités. Or ne doutai-je point qu’assez de Momes3 plus louches d’envie que subtils de jugement ne donnent ici force coups de dents, mais en cela me suffit la consolation d’avoir pour compagnons les meilleurs poètes de notre France, à qui les rumeurs d’aujourd’hui font encore la guerre dans le tombeau. Mon ambition ne fut ni sera jamais si lâche que de leur vouloir complaire, ni mon courage si bas que de les craindre, et quant au théâtre Français, chacun sait s’il m’est redevable ou non. Une présomptueuse vanité ne m’emportera aussi à dire qu’entre cinq cents Poèmes dramatiques tout marche d’un pas égal, le cours de la vie humaine y contredit, joint que ma fortune se peut apparier l’emblème d’Alciat4, où les fers de la pauvreté empêchent {NP2} l’esprit de voler dans les Cieux. Il me suffit assez que parmi ce nombre incroyable le bien emporte le mal, et que cette telle quelle vigueur de génie après trente ans5, ne reçoive aucune diminution, plus prêt que jamais de prêter le collet à ceux qui en douteront. Je sais bien que beaucoup de ces frelons qui ne servent qu’à manger le miel, incapables d’en faire, trouveront à censurer tels poèmes à une suite directement contraire aux lois qu’Horace prescrit en son art poétique6, mais que ceux-là se représentent que tout ce qu’approuve l’usage et qui plaît au public devient plus que légitime7, car qu’est-ce aussi de l’Énéide qu’un poème continué où les personnages s’introduisent tour à tour8 ? Et sauf la distinction des Scènes tout semblable à celui-ci, qui pourtant ne le suit que de loin, et ne voudront offenser ce divin chef d’œuvre d’une profane comparaison. Telles excuses superflues, il me suffit, Monsieur, si ce petit ouvrage vous plaît qui me tenez le lieu qu’un ancien disait de Platon, votre aveu lui pare les coups de la {NP3} médisance, et enfle le courage de l’Auteur pour témoigner un jour en quelqu’autre mieux étoffé9 que je suis,

MONSIEUR,

Votre plus humble, redevable et affectionné serviteur, A. HARDY