IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

Les Aventures amoureuses d’Omphale, son combat, sa perte, son retour et son mariage

Grandchamp

Éditeur scientifique : Garnier, Sylvain

Description

Auteur du paratexteGrandchamp

Auteur de la pièceGrandchamp

Titre de la pièceLes Aventures amoureuses d’Omphale, son combat, sa perte, son retour et son mariage

Titre du paratextePréface

Genre du textePréface

Genre de la pièceTragi-comédie

Date1630

LangueFrançais

ÉditionParis, la veuve Pierre Chevalier, 1630, in-8°.

Éditeur scientifiqueGarnier, Sylvain

Nombre de pages3

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k71739m/f14.image

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Grandchamp-Omphale-Preface.xml

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Mise à jour2012-12-04

Mots-clés

Mots-clés français

RéceptionDoctes / ignorants

ExpressionPoésie lyrique / poésie dramatique ; conceptions poétiques

AutreAnciens

Mots-clés italiens

RicezioneDotti / ignoranti

EspressionePoesia lirica / poesia drammatica ; idee poetiche

AltriAutori antichi

Mots-clés espagnols

RecepciónDoctos / ignorantes

ExpresiónPoesía lírica / poesía dramática ; ideas poéticas

OtrasAntiguos

Présentation

Présentation en français

En se focalisant sur la question de l’élocution poétique moderne au théâtre, cette préface semble décalée en 1630, alors que la diffusion de la Lettre sur la règle des vingt-quatre heures de Chapelain et la parution de la préface de La Généreuse Allemande de Mareschal déplacent le débat dramatique vers la question de la régularité. Constat d’échec personnel pour Grandchamp, dont l’ambition théâtrale restera sans suite, ce texte témoigne plus généralement de la fin de l’enthousiasme moderne pour l’esthétique des pointes et de l’ingéniosité poétique qui s’était imposée avec le succès de Pyrame et Thisbé et des œuvres de Marino ; ce qui explique sans doute en partie la posture originale de néophyte désabusé adoptée par cet auteur d’une tragi-comédie irrégulière, qui reconnaît le magistère des doctes et n’hésite pas à reprendre des lieux communs anti-modernistes. Ainsi, après avoir, dans un court préambule, justifié sa décision de publier son œuvre, Grandchamp expose son projet dramatique, qui repose uniquement sur l’élocution : il souhaite adopter, à l’échelle d’un poème long, une esthétique de type mariniste, c’est-à-dire faire en sorte que toute sa pièce soit comme un enchaînement d’épigrammes se terminant toujours par de nouveaux traits ingénieux. Il ne peut cependant que constater l’échec de son entreprise, qu’il explique par deux raisons : l’impossibilité d’inventer de nouvelles conceptions poétiques dans la mesure où les Anciens auraient déjà tout dit, et la difficulté à maintenir un style aussi soutenu sur un poème de longue étendue, cette esthétique étant conçue pour des pièces lyriques courtes s’achevant naturellement sur des pointes, comme les stances ou le sonnet.

Texte

Préface

[NP1] J’avoue, lecteur, que nous sommes dans un siècle bien étrange1 pour écrire, les sentiments sont aussi différents que les visages, chacun à présent ne fait état que de soi-même, et plusieurs souvent aiment mieux démentir leur propre sens2 pour ravaler la gloire d’un autre qui les surpasse : je sais que l’envie s’attache d’ordinaire à la nouveauté, et ainsi que les chiens aboie contre ceux qu’elle ne connaît pas encore, mais ces considérations n’ont pas assez de pouvoir sur mon esprit pour l’empêcher de paraître au jour, et te donner ces pensées3 qui ont épuisé la plus douce partie de ma jeunesse : car je me console, que ma réputation tombera dans le jugement des personnes doctes, ou ignorantes : les premiers ont assez de discrétion pour taire les défauts qu’ils trouveront, le mépris ou l’estime des autres me sont indifférents4. Or tu ne trouveras pas ici un ouvrage qui porte son mérite dans le titre de l’histoire ou le nom de l’auteur, car l’un et l’autre te sont encore inconnus : je m’étais proposé de le faire paraître avec plus d’éclat et de perfection, et [NP2] lorsque le premier dessein m’en tomba dans l’esprit, je résolus de ne prendre les inventions d’aucun, fermer toutes les périodes par une nouvelle pensée, et me rendre toujours égal5 : j’ai cru le faire ; je l’ai entrepris, et ne l’ai pu exécuter : tout est déjà dit, écrire à présent c’est marcher sur les pas des anciens6, et celui éclate seulement davantage, qui les a plus fréquentés7 et fait paraître de les connaître moins8, puis avant que d’achever le dessein d’un ouvrage quelque peu long, il survient tant de dégoûts que souvent la fin et le commencement d’une traite9 sont entièrement différents : ce n’est pas comme en des stances et sonnets, où la veine est piquée et le sang est ému ; notre esprit avant que d’être lassé les achève d’un style égal et d’une même humeur, et réussit d’ordinaire avec plus d[’]avantage[s] que dans ces desseins de plus longue haleine, où il languit souvent et devient tiède10 ; et bien qu’un bon soldat ait toujours assez de courage, le lustre toutefois de sa valeur ne paraît jamais tant que dans la chaleur du combat, où son sang et [s]es esprits sont échauffés ; alors il franchit des dangers dont l’imagination seulement l’épouvante lorsqu’il est de sens rassis.

Enfin, lecteur, je t’offre ce premier travail ; [NP3] s’il obtient quelque crédit sur ton esprit tu m’obligeras de continuer ; je n’ai pas assez de vanité pour cr[o]ire qu’il emporte beaucoup d’éclat, mais je ne suis pas si faible aussi de courage pour craindre qu’il soit rejeté entièrement ; et comme je suis assuré qu’il ne tiendra pas les premiers rangs, je serai satisfait pourvu qu’il ait cours dans la foule d’une infinité d’autres, qui passent tous les jours de nouveau sur la presse et devant tes yeux.