IdT – Les idées du théâtre


 

Dédicace

Les Juives, tragédie de Robert Garnier, Conseiller du Roi et de Monseigneur Frère unique de sa Majesté, Lieutenant-général criminel au Siège Présidial et Sénéchaussée du Maine

Garnier, Robert

Éditeur scientifique : Dobby-Poirson, Florence

Description

Auteur du paratexteGarnier, Robert

Auteur de la pièceGarnier, Robert

Titre de la pièceLes Juives, tragédie de Robert Garnier, Conseiller du Roi et de Monseigneur Frère unique de sa Majesté, Lieutenant-général criminel au Siège Présidial et Sénéchaussée du Maine

Titre du paratexteÀ Monseigneur de Joyeuse, Duc, Pair et Amiral de France

Genre du texteDédicace

Genre de la pièceTragédie

Date1583

LangueFrançais

ÉditionLes Tragédies de Robert Garnier, Conseiller du Roi, Lieutenant général criminel au Siège Présidial et Sénéchaussée du Maine. Au roi de France et de Pologne, Paris, Mamert Patisson chez Robert Estienne, 1585, in-12    

Éditeur scientifiqueDobby-Poirson, Florence

Nombre de pages5

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86256333

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Garnier-Juives-Dedicace.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Garnier-Juives-Dedicace.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Garnier-Juives-Dedicace.odt

Mise à jour2014-10-01

Mots-clés

Mots-clés français

SujetBiblique ; sacré/profane ; cruel ; fable (fiction opposée à vérité)

RéceptionInsuccès de l’auteur

FinalitéDidactisme (exemplarité du drame) ; émotions tragiques (la pitié) ; plaisir (propre à la tragédie)

Mots-clés italiens

ArgomentoBiblico ; sacro /profano ; crudele ; favola (finzione opposta alla verità)

RicezioneInsuccesso dell’autore

FinalitàDidattica (esemplarità del dramma) ; affetti tragici (pietà) ; piacere (proprio della tragedia)

Mots-clés espagnols

TemaBíblico ; sacro/profano ; cruel ; fábula (ficción opuesta a verdad)

RecepciónFracaso del autor

FinalidadDidactismo (ejemplaridad del drama) ; emociones trágicas (compasión) ; placer (propio de la tragedia)

Présentation

Présentation en français

Déçu par le peu d’intérêt que le roi porte à ses œuvres, Garnier se tourne vers Anne de Joyeuse, favori et beau-frère d’Henri III, et protecteur des poètes1, pour lui dédier son ultime tragédie. Jusque-là il n’avait encore jamais abordé de sujet religieux2. Le châtiment infligé par Dieu au peuple d’Israël et à son roi Sédécie, par l’intermédiaire du féroce Nabuchodonosor, montre aux Français qu’à l’instar des Hébreux, ils encourent la colère de l’Éternel pour leur impiété3. De plus, Sédécie ayant bafoué l’autorité de Nabuchodonosor dont il est le vassal, le sort que lui réserve le tyran, pour cruel qu’il soit4, n’est pas totalement injustifié : avis aux grands seigneurs tentés de se rebeller contre le pouvoir monarchique5. Voici donc un sujet doublement édifiant, d’un point de vue religieux et politique, et que Garnier considère aussi comme agréable6. La leçon s’avère d’autant plus efficace que ce sujet, parce qu’il est tiré de la Bible7 et d’un ouvrage historique8, confère à l’action représentée la supériorité de la vérité sur le mensonge, de l’histoire sur la fable, du sacré sur le profane9, de sorte que cette dernière tragédie surpasse toutes les pièces antérieures de l’auteur. En présentant « un sujet délectable et de bonne et sainte édification », le dramaturge amène ainsi à s’interroger sur le fonctionnement même du plaisir tragique.    

Texte

À Monseigneur de Joyeuse, Duc, Pair et Amiral de France.        

{254 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86256333/f541} Je m’étais résolu, Monseigneur, de quitter l’ingrat exercice des Muses, où je ne me suis que trop inutilement ébattu ; mais étant sur le point de prendre congé, je me suis avisé que deux choses principalement me restaient10 : de chanter quelque cas de notre Dieu, digne d’un homme chrétien, et de vous présenter de mes vers, comme à {NP254 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86256333/f542} celui qui leur est vénérable entre tous. De quoi je me semble être aucunement11 acquitté par le sujet et adresse de cette tragédie. Car tout ainsi que c’est un discours chrétien et religieux, il s’est convenablement adressé à vous, Monseigneur, qui l’êtes autant que nul autre de ce royaume. Et pour l’autre égard, j’eusse craint d’être justement repris des Muses si, entre tous ceux qui se sont efforcés de monter sur leurs saints coupeaux12, j’étais seul n’honorant votre vertu et ne reconnaissant13 la continuelle bienveillance qu’elles reçoivent de vous, leur Mécène. Car combien que, ou par l’infélicité du siècle, ou par défaut de mérites, ou par un malheur particulier, les peines que j’ai prises à les caresser, m’aient {255 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86256333/f543} été autant infructueuses jusques ici que les assidus et désagréables labeurs de ma vacation14, si15 veux-je, Monseigneur, vous regracier16 des bienfaits que les lettres reçoivent journellement de vous, comme si j’étais du nombre des mieux fortunés, et vous en demeurer autant redevable que l’un d’iceux. Or vous ai-je ici représenté les soupirables calamités17 d’un peuple18 qui a, comme nous, abandonné son Dieu19. C’est un sujet délectable et de bonne et sainte édification20. Vous y voyez le châtiment d’un prince issu de l’ancienne race de David21, pour son infidélité et rébellion contre son supérieur: Et voyez aussi l’horrible cruauté d’un roi barbare vers celui qui, battu de la fortune, est tombé en ses mains {NP255 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86256333/f544} par un sévère jugement de Dieu. La prérogative que la vérité prend sur la22 mensonge, l’histoire sur la fable, un sujet et discours sacré sur un profane, m’induit à croire que ce traité23 pourra préceller24 les autres et moins désagréer à Sa Majesté, s’il lui plaît l’honorer de sa vue, lui étant dédié en général avec les précédents25, tout ainsi que je vous le viens particulièrement vouer et présenter. C’est peu de chose à vrai dire, et le reconnais ainsi ; mais c’est tout ce que je vous puis donner de témoignage du respect et obéissance que je vous porte et de l’humble sujétion que je dois à Sa Majesté. En cela je me confie, Monseigneur, assuré que l’affection de l’au{256 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86256333/f545}teur tiendra lieu de recommandation de son œuvre et le garantira de contemnement26.

Votre très affectionné serviteur,

Robert Garnier