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Prologue

David fugitif

Des Masures, Louis

Éditeur scientifique : Lardon, Sabine

Description

Auteur du paratexteDes Masures, Louis

Auteur de la pièceDes Masures, Louis

Titre de la pièceDavid fugitif

Titre du paratextePrologue

Genre du textePrologue

Genre de la pièceTragédie

Date1566

LangueFrançais

ÉditionGenève, François Perrin, 1566, in-8°

Éditeur scientifiqueLardon, Sabine

Nombre de pages2

Adresse sourcehttp://www.e-rara.ch/gep_g/content/titleinfo/1751951

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Mise à jour2015-07-27

Mots-clés

Mots-clés français

GenreMystère

SujetDésir de montrer la puissance de Dieu ; vérité / mensonge et fable

TempsDeux ou trois heures de représentation

Personnage(s)Prologue ; David et Saül

ReprésentationDevant une assemblée d’hommes et de femmes ; demande d’attention et de silence ; Prologue assiste à la représentation sur scène

FinalitéMontrer la puissance de Dieu ; enseignement durable

Mots-clés italiens

GenereRappresentazione sacra (« mystère »)

ArgomentoDesiderio di mostrare la potenza di Dio ; vérità / menzogna e favola

TempoDue o tre ore di rappresentazione

Personaggio(i)Prologo ; Davide e Saul

RappresentazioneDavanti a un’assemblea di uomini e donne ; richiesta d’attenzione e di silenzio ; il Prologo assiste alla rappresentazione sulla scena

FinalitàMostrare la potenza di Dio ; insegnamento duraturo

Mots-clés espagnols

Género« Mystère »

TemaDeseo de mostrar la potencia del Dios ; verdad / mentira y fábula

TiempoDos o tres horas de representación

Personaje(s)Prólogo ; David y Saúl

RepresentaciónAnte una asamblea de hombres y mujeres ; petición de atención y de silencio ; Prólogo asiste a la representación en el escenario

FinalidadMostrar la potencia de Dios ; enseñanza duradera

Présentation

Présentation en français

Ce troisième volet de la trilogie des Tragédies saintes du protestant Louis Des Masures s’ouvre, comme les deux précédents (David combattant et David triomphant1), par une tirade de Prologue. Celui-ci vient réclamer son attention et un silence absolu à un public composé d’hommes et de femmes (ces dernières ayant plus de difficulté à se taire). Si cette démarche peut sembler imitée des comédies latines, la ressemblance s’arrête toutefois là, et l’on est plus proche du ton des prédicateurs. Prologue insiste de fait sur la dimension édifiante d’un texte dont la représentation va durer deux ou trois heures, mais dont le souvenir et la leçon devront persister toute la vie. Comme dans ses précédents prologues, l’auteur insiste également sur la vérité d’un sujet sacré (destiné à montrer la puissance d’un Dieu qui défend ses élus), par opposition à la fable mensongère. Cela rappelle, implicitement, son refus du modèle antique2 et peut alors justifier ce terme de « mystère » qui désigne ici la pièce et surgit explicitement dans ce dernier prologue, dressé paradoxalement face au titre de « tragédies saintes »3.

Texte

Prologue

{181} Si en vain n’est ici présente l’assemblée
Dont je vois cette place autour ceinte et comblée,
Si nous4, de notre part, en vain venus ne sommes,
Nous voulons vous montrer à tous, femmes et hommes,
5    La puissance divine et comme ni la main,
Ni le bras, ni le cœur, ni le conseil humain
Ne valent contre Dieu, dont la forte défense
Garantit ses élus encontre toute offense.
David ici verrez, du haut ciel défendu,
10    Et ce qui est à tort contre lui prétendu
Ne valoir à Saül5 ; puis, comme toute chose
Par le vouloir divin se conduit et dispose,
Vous pourrez d’autre part voir et entendre comme
En la terre est superbe et fort le méchant homme
15    Qui oppresse les bons et justes en tout lieu,
Et duquel, pour un temps, les serviteurs de Dieu
Souffrent indignement morts, opprobres et blâmes,
Afin qu’en patience ils possèdent leurs âmes,
Et soit de l’oppresseur injuste, caut6 et fin,
20    Comme il a mérité, malheureuse la fin.            
Or pour entendre et voir au long cette matière
Qui n’est mensonge ou fable, ains7 vérité entière,
Vous avez, je le vois, d’affections pareilles8
Tous ensemble attentifs les yeux et les oreilles,
25    Dont soit vu ce mystère et en paix écouté.
C’est ce qu’avez pour vous. Nous, de notre côté,
Apporté vous avons ce notable argument,
Pour le vous faire à tous servir d’enseignement.
Mais aveques9 les yeux et les oreilles vôtres,
30    Pour voir et pour ouïr ces personnages nôtres,
Vous avez apporté de vos maisons aussi
Ce qu’il n’était besoin nous apporter ici :
C’est ce que vous avez de langue en la bouche.
Car si chacun de vous n’est coi comme une souche,
35    {182} Notre parler est vain, et sommes ici tous
Inutiles venus, autant vous comme nous.
Tenez-vous donc en paix, je vous en admoneste.
Mais quelqu’une (autrement continente10 et honnête)
Ne se peut contenir de dire entre ses dents,
40    Qu’elle a peine à serrer sa langue là-dedans.
Or quiconque elle soit à donner audience11,
Elle n’aura besoin de longue patience,
(Combien qu’une minute à quelque heure endurée
Pour une femme soit de trop longue durée),
45    Pour deux heures ou trois, sans plus, faut qu’elle endure.
Mais il faut que toujours le souvenir lui dure
De ce qu’elle apprendra. Elle et vous cependant,
Soyez muets, la fin de l’histoire attendant,
Pour – comme vous devez en avoir bonne envie –        
50    En parler tous les jours du temps de votre vie.
Moi, aussi bien que vous, sans plus ouïr me faire,
Je vais pour quelque temps écouter et me taire.
Vous me verrez encor12. Je ne vueil aller loin.
Seulement à l’écart je gagnerai ce coin,
55    Afin de donner place à David, que pourrez
Voir sortir à cette heure13 et parler vous l’orrez.