IdT – Les idées du théâtre


 

Préface

L’Illusion

Corneille, Pierre

Éditeur scientifique : Louvat-Molozay, Bénédicte

Description

Auteur du paratexteCorneille, Pierre

Auteur de la pièceCorneille, Pierre

Titre de la pièceL’Illusion

Titre du paratexteExamen

Genre du textePréface

Genre de la pièceComédie

Date1663

LangueFrançais

ÉditionParis et Rouen : Guillaume de Luyne et Thomas Jolly, 1663, in-folio

Éditeur scientifiqueLouvat-Molozay, Bénédicte

Nombre de pages2

Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k71442p/f48

Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Corneille-Illusion-Examen.xml

Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Corneille-Illusion-Examen.html

Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Corneille-Illusion-Examen.odt

Mise à jour2016-06-14

Mots-clés

Mots-clés français

GenreComédie ; tragédie ; caprice ; indétermination générique

SujetExtravagance ; nouveauté

DramaturgiePrologue ; irrégularités

TempsRègle non observée dans les actes intérieurs / respectée dans la pièce-cadre

ActionIncomplète ; trop courte

Personnage(s)Capitan ; servante s’élevant au-dessus de son caractère

RéceptionSuccès durable

ExpressionProportionnée aux matières

Mots-clés italiens

GenereCommedia ; tragedia ; capriccio ; indeterminato

ArgomentoStravaganza ; novità

DrammaturgiaPrologo ; irregolarità

TempoRegola non osservata negli atti interni / rispettata nella commedia-cornice

AzioneIncompleta ; troppo breve

Personaggio(i)Capitano ; serva elevata al dissopra del suo carattere

RicezioneSuccesso durevole

EspressioneProporzionata alle materie

Mots-clés espagnols

GéneroComedia ; tragedia ; capricho ; indeterminación genérica

TemaExtravagancia ; novedad

DramaturgiaPrólogo ; irregularidades

TiempoRegla no observada en los actos interiores / respetada en la pieza-marco

AcciónIncompleta ; demasiado corta

Personaje(s)Capitan ; crÍada que se eleva más allá de su carácter

RecepciónÉxito duradero

ExpresiónProporcionada con las materias

Présentation

Présentation en français

Selon une procédure habituelle dans l’histoire des paratextes cornéliens, l’épître dédicatoire placée en tête de L’Illusion comique dans l’édition de 1639 et reprise, avec quelques modifications, dans les éditions collectives publiées entre1644 et 1657, est remplacée, à partir de l’édition collective de 1660, par un Examen. Corneille commence par y reprendre, tantôt en les radicalisant, tantôt en les précisant, les propos de l’épître de 1639 dévolus à la dénomination générique des différentes parties de la pièce – dont le titre est, en 1660, devenu L’Illusion – ajoutant notamment un développement inédit sur le personnage de Matamore. Il s’y livre ensuite à des considérations de poétique qui font écho aux développements des Discours de 1660 et concernent les unités, les dimensions de l’action et la convenance des caractères. Indépendamment du contenu de ce texte, on est frappé par le ton adopté par Corneille, auteur de ce « caprice » dont la nouveauté pouvait expliquer le succès vingt-cinq ans plus tôt mais qu’il peine désormais à reconnaître pour l’une de ses œuvres.

Texte

Examen        

{xliv http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k71442p/f48} Je dirai peu de chose de cette pièce. C’est une galanterie extravagante1 qui a tant d’irrégularités qu’elle ne vaut pas la peine de la considérer, bien que la nouveauté de ce caprice2 en ait rendu le succès assez favorable pour ne me repentir pas d’y avoir perdu quelque temps. Le premier acte ne semble qu’un prologue3. Les trois suivants forment une pièce que je ne sais comment nommer. Le succès en est tragique4 ; Adraste y est tué, et Clindor en péril de mort ; mais le style et les personnages sont entièrement de la comédie. Il y en a même un qui n’a d’être que dans l’imagination, inventé exprès pour faire rire, et dont il ne se trouve point d’original parmi les hommes. C’est un capitan qui soutient assez son caractère de fanfaron pour me permettre de croire qu’on en trouvera peu, dans quelque langue que ce soit, qui s’en acquittent mieux5. L’action n’y est pas complète, puisqu’on ne sait, à la fin du quatrième acte qui la termine, ce que deviennent les principaux acteurs, et qu’ils se dérobent plutôt au péril qu’ils n’en triomphent6. Le lieu y est assez régulier, mais l’unité de jour n’y est pas observée7. Le cinquième est une tragédie assez courte pour n’avoir pas la juste grandeur que demande Aristote et que j’ai tâché d’expliquer8. Clindor et Isabelle, étant devenus comédiens sans qu’on le sache, y représentent une histoire qui a du rapport avec la leur, et semble en être la suite. Quelques-uns ont attribué cette conformité à un manque d’invention, mais c’est un trait d’art pour mieux abuser par une fausse mort le père de Clindor qui les regarde, et rendre son retour de la douleur à la joie plus surprenant et plus agréable9.

{xlv http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k71442p/f49} Tout cela cousu ensemble fait une comédie10, dont l’action n’a pour durée que celle de la représentation, mais sur quoi il ne serait pas sûr de prendre exemple. Les caprices de cette nature ne se hasardent qu’une fois ; et quand l’original aurait passé pour merveilleux, la copie n’en peut jamais rien valoir. Le style semble assez proportionné aux matières, si ce n’est que Lise, en la sixième scène du troisième acte, semble s’élever un peu trop au-dessus du caractère de servante11. Ces deux vers d’Horace lui serviront d’excuse, aussi bien qu’au père du Menteur, quand il se met en colère contre son fils au cinquième12 :

Interdum tamen et vocem comoedia tollit,

Iratusque Chremes tumido delitigat ore13.

Je ne m’étendrai pas davantage sur ce poème. Tout irrégulier qu’il est, il faut qu’il ait quelque mérite, puisqu’il a surmonté les injures des temps, et qu’il paraît encore sur nos théâtres, bien qu’il y ait plus de vingt et cinq années qu’il est au monde, et qu’une si longue révolution en ait enseveli beaucoup sous la poussière, qui semblaient avoir plus de droit que lui de prétendre à une si heureuse durée.