Comédie de la fidélité nuptiale (Vivre, Gérard de) : Préface

Vivre, Gérard de « Aux Lecteurs » inVivre, Gérard deComédie de la fidélité nuptiale. Composé[e] Par Gérard de Vivre, Gantois, Maître d’école à Cologne. Paris, Nicolas Bonfons, 1578, in-8° (3 p.) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k710119

Cullière, Alain.

Mots-clés

Mots-clés français

Genre : Comédie.
Sujet : Définition du sujet comique : choses basses, communes et moyennes ; mariages, amours, festins ; accidents de fortune.
Personnage(s) : Personnages de condition basse, populaire ou moyenne.
Comédien(s) : Étudiants ; émulation, rivalité, prix d’interprétation.
Scénographie : Économie de décors et de costumes ; jeu modeste.
Représentation : Écoles.
Finalité : Formation linguistique et morale de la jeunesse ; formation des filles et des garçons ; formation de ceux qui possèdent déjà les rudiments d’une langue étrangère ; enseigner la modestie ; miroir de la vie.
Expression : Style bas, vulgaire, fluide ; conforme aux jeunes gens.

Mots-clés italiens

Genere : Commedia.
Argomento : Definizione dell’argomento comico ; cose basse, comuni e mediocri ; matrimoni, amori, festini ; accidenti di fortuna.
Personaggio(i) : Personaggi di condizione bassa, popolare o mediocre.
Attori : Studenti ; emulazione, rivalità, premi per l’interpretazione.
Scenografia : Economia della scenografia et dei vestiti ; recitazione modesta.
Rappresentazione : Scuole.
Finalità : Formazione linguistica e morale della gioventù ; formazione delle ragazze e dei ragazzi ; formazione di quelli che hanno già imparato le basi di una lingua straniera ; insegnare la modestia ; specchio della vita.
Espressione : Stile basso, plebeo, fluido ; adatto ai giovani maschi.

Mots-clés espagnols

Género : Comedia.
Tema : Definición del sujeto cómico : cosas bajas, comunes y medianas ; casamientos, amores, festines ; accidentes de fortuna.
Personaje(s) : Personajes de condición baja, popular o mediana.
Actor(es) : Estudiantes ; emulación, rivalidad, premio de interpretación.
Escenografia : Economía de decorados y trajes ; actuación modesta.
Representación : Escuelas.
Finalidad : Formación lingüística y moral de la juventud ; formación de las chicas y de los chicos ; formación de los que ya poseen los rudimentos de una lengua extranjera ; enseñar la modestia ; espejo de la vida.
Expresión : Estilo bajo, vulgar, fluido ; conforme a los jóvenes.

Présentation

Présentation en français

Ainsi que l’explique Gérard de Vivre, la comédie, comme exercice scolaire, convient parfaitement à la jeunesse. Comme elle traite de « choses basses, communes et moyennes » dans un style « bas, vulgaire et fluide », elle s’adapte particulièrement à tous les apprentissages. Sur le plan linguistique, elle permet d’acquérir de l’assurance et de l’aisance verbale, tandis que sur le plan moral elle développe la vertu de modestie. Pour ce qui est de la représentation, la comédie ne pose aucun problème de costumes ou de décors. Le pédagogue pourra également susciter entre ses élèves une sorte d’émulation en distribuant de « petits prix » d’interprétation. Si la comédie est un « vrai miroir » de la vie, où l’on peut apprendre à discerner le bien du mal, c’est sans doute parce que la vie est elle-même une comédie, l’une et l’autre se réglant selon les « accidents de fortune ».

Gérard de Vivre écrit et réagit en véritable praticien de la scène. Il a conçu un système de « signes » dont il donne la liste au début et qu’il dissémine dans ses textes imprimés, dans le but de guider les acteurs en leur indiquant les variations de ton ou de rythme de la voix. Par ailleurs, il est constamment préoccupé, comme le montrait l’épître dédicatoire de la Comédie des amours de Theseus et Dianira1, par le plaisir du spectacle. Il n’en est pas vraiment question dans cet avis « Aux lecteurs » de la Comédie de la fidélité nuptiale, mais tout de suite après, dans un prologue qu’il adresse à « Messieurs les spectateurs », il promet une intrigue où l’on verra « beaucoup de changements de fortune, deuil et liesse, joie et tristesse » ; cependant il se refuse à la résumer, car il y a plus d’agrément, souligne-t-il, quand « on voit et oit ainsi à l’impourvu ».        

Texte

Aux Lecteurs            

{NP3 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k710119/f4} Amis lecteurs, chacun sait déjà bien que c’est que2 la comédie. Pourtant ne m’amuserai3 à la vous déchiffrer4 en ce lieu-ci, à cause qu’il y en a tant d’autres qui en ont fait mention ; seulement je vous dirai ceci, à la louange des comédies, que, à mon avis, il n’y a moyen plus facile ni plus profitable à la jeunesse qui désire de bien profiter en quelque langue que ce soit que l’exercice d’apprendre et jouer quelquefois des comédies, car, premièrement, pour ce qu’elles traitent coutumièrement de choses basses, communes et moyennes, de personnages de basse, populaire et moyenne condition, de mariages, d’amours et de festins, le style de même en doit aussi être bas, vulgaire et fluide, chose fort commode et utile aux jeunes gens, tant de l’un que de l’autre sexe, et principalement à ceux qui ont déjà quelque commencement en une langue par le moyen de colloques ou dialogues français, flamands ou autres5. Voilà, mes amis, la principale cause qui m’a mû de faire sortir en lumière quelques-unes de mes comédies, qui déjà passé longtemps ont été composées par moi, et ce en faveur de la jeunesse6, ne doutant point, pour en avoir déjà vu l’expérience entre mes disciples, qui en ont joué quelques-unes, passé cinq ou six ans7, que tous ceux qui les voudront faire jouer parfois à leurs disciples ne s’en trouveront fort bien, vu qu’il n’y a meilleur moyen pour rendre les jeunes gens qui communément sont honteux en parlant hardis et prompts en toutes langues, [pour leur enseigner à {3 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k710119/f5} parler distinctement, à se tenir droits, à éviter toutes mauvaises coutumes et mœurs indécentes, à être modestes]8 que cestui-là, moyennant qu’ils entendent bien tout ce que l’on leur fait jouer et représenter. Et quant aux maîtres, il n’y a nulle difficulté qui leur empêche à faire bien leur devoir, car, vu que tout argument de comédie est quasi toujours de matière vulgaire (comme déjà nous avons dit), ils n’ont que faire de grand apprêt ni de grande pompe et bombance9 pour accoutrer les personnages, ni à10 leur montrer des gestes trop graves ou contenances trop fières, par lesquelles ils auraient à craindre que leurs disciples pourraient être rendus trop orgueilleux ou superbes. Mais je trouverais bon que le maître qui veut faire jouer quelque comédie à ses disciples mît sus11 quelques petits prix, comme un petit livret de papier ou quelque autre chose, à gagner par ceux ou celles qui joueront le mieux leur personnage, et qu’il n’employât aussi guère d’autre temps à leur montrer les gestes et manières de faire et de parler sinon celui qu’il octroie ordinairement à ses disciples d’apprendre à part eux ce qu’ils veulent. Non pas que ce serait mal fait de leur montrer à toutes heures étant en son école, et au lieu de quelques autres leçons, car aussi bien profiteront-ils par le moyen de comédies, qui ne sont que devis familiers et plaisants colloques, comme ils feraient en apprenant quelque autre auteur. Et quand tout est dit12, notre vie, en ce bas val de misères, n’est autre chose qu’une comédie, laquelle, selon l’état et condition que nous tenons en notre vocation, nous commençons, jouons et parachevons durant le cours de cette vie mortelle, cha{NP4 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k710119/f6}cun à l’avenant du personnage qu’il représente et du rôle qu’il doit jouer : car aucunefois13 vous y voyez dépeints au vif les divers accidents de fortune, la variable, une telle fois les changements inopinés des affaires humaines ; la subtile invention des uns et la lourdeté14 des autres, le malheur de quelques-uns et le bonheur de quelques autres, les vertueux actes de quelque personnage et les vices d’un autre, le bon sens et entendement de l’un à conduire bien ses affaires, par l’aide de Dieu, et la mauvaise conduite d’aucuns autres en faisant toutes leurs besognes à l’étourdi, sans prendre conseil de Dieu et sans entendement quelconque, comme gens enragés et hors de leur bon sens. Et voilà, amis lecteurs, comment la comédie est véritablement chose puérile15 et le vrai miroir de la jeunesse, par laquelle les bons et vertueux enfants de bonne nourriture16 (car des vicieux ne faut faire nulle mention) peuvent plus profiter que par nul autre enseignement. Car ils y voient devant leurs yeux et par exemples évidents que tous ceux qui sont bons et vertueux tâchent toujours à tourner et interpréter toutes choses en bien plutôt qu’en mal et parviennent quasi toujours au bien auquel ils prétendent, et au contraire que les méchants et vicieux (quoiqu’ils dissimulent et fassent de l’hypocrite) ne cherchent qu’à tourner le bien en mal et qu’ils ne parviennent jamais par ce moyen sinon à quelque malheureuse fin.