L’Hôpital des fous (Beys, Charles de) : Préface

Beys, Charles de « Au Lecteur » inBeys, Charles deL’Hôpital des fous. Paris, Toussaint Quinet, 1635, in-4°. (Numérisation en cours) (3 p.)

Douguet, Marc.

Mots-clés

Mots-clés français

Sujet : Fait pour les règles.
Dramaturgie : La liaison des scènes comme prouesse technique.
Personnage(s) : Fous.
Expression : Fautes contre la politesse.
Autres : Une préface pour deux textes.

Mots-clés italiens

Argomento : Concepito per le regole.
Drammaturgia : Legame tra le scene in quanto prodezza tecnica.
Personaggio(i) : Pazzi.
Espressione : Incorrettezze della lingua.
Altri : Prefazione unica per due testi.

Mots-clés espagnols

Tema : Compuesto en función de las reglas.
Dramaturgia : Enlace entre las escenas como logro técnico.
Personaje(s) : Locos.
Expresión : Faltas que atentan contra la corrección del lenguaje.
Otras : Un prólogo para dos obras.

Présentation

Présentation en français

La préface de L’Hôpital des fous (joué en 1634 et publié en 16351, en même temps qu’une autre tragi-comédie, Le Jaloux sans sujet, jouée également en 1634) est consacrée à trois questions sans rapport direct les unes avec les autres. Tout d’abord, Beys explique brièvement ce qui fait la spécificité de la folie de ses personnages, nous livrant une réflexion précieuse sur la représentation de la folie au théâtre au XVIIe siècle. Il se justifie ensuite de ne pas avoir respecté la liaison des scènes, qu’il qualifie de « vaine curiosité », et oppose sous cet aspect L’Hôpital des fous au Jaloux sans sujet, où il s’était livré à cet exercice alors tout nouveau. Cette comparaison se change en une brève digression consacrée entièrement à cette dernière pièce : Beys, qui ne veut pas la renier, est en effet obligé de se justifier, par un autre raisonnement, d’y avoir respecté la liaison des scènes et demande au lecteur d’admirer cette prouesse technique à sa juste valeur. Beys compare enfin de nouveau L’Hôpital des fous au Jaloux sans sujet, mais c’est cette fois une ressemblance entre les deux pièces qu’il met en lumière : reprenant un lieu commun des paratextes dramatiques, il reconnaît que ces deux pièces contiennent des fautes d’expression dont il assume la responsabilité tout en prévenant les reproches qui pourraient lui être faits.

Texte

Au Lecteur

{NP1} Voici un ouvrage inégal que je te donne : si tu me flattes, tu attribueras la différence de l’expression à la différence des matières que j’y traite2. Si les fous que je mets dans cet hôpital te semblent savants, tu diras qu’il s’en trouve de pareils, et que j’ai voulu prendre les meilleurs3. Toutes leurs images ne sont pas brouillées4 ; ils ne sont blessés qu’en un endroit5. Ils sont fous en ce qu’ils s’estiment plus qu’ils ne sont, et dans cette opinion ils parlent d’eux comme tu voudrais parler des choses qu’ils s’imaginent être6. Il m’eût été plus aisé de t’en faire voir {NP2} d’ignorants et de mettre de mauvaises idées en mauvais ordre7. Je n’ai pas lié cette pièce comme celle du Jaloux sans sujet8 que j’ai fait imprimer en même temps. C’est une vaine curiosité9 que j’ai imitée : j’ai fait le sujet pour les règles, et non pas les règles pour le sujet10 ; j’ai bâti en l’air. Il y en a qui estiment les choses plutôt par l’industrie de l’auteur que par leur beauté ; fais-en de même11 ; je sais bien pourtant qu’il y a une négligence agréable et que trop d’ajustement déplaît12. Tu trouveras en ces deux ouvrages beaucoup de fautes contre la politesse du langage, que ma négligence ne m’a pas permis de corriger13. Tu m’en blâmeras plus aigrement, puisque ce n’est pas l’ignorance qui m’a fait pécher : il faudrait trop de temps pour les écrire, je te laisse le plaisir de les découvrir. Voilà une partie du ju{NP3}gement que j’en fais : si tu en juges de même, ne m’accuse pas publiquement, puisque je me suis accusé ; si tu y remarques d’autres fautes, je te supplie de m’en avertir, tu m’obligeras. Adieu.