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Description

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Auteur du paratexteCorneille, Pierre
Auteur de la pièceCorneille, Pierre
Titre de la pièceThéodore, vierge et martyre
Titre du paratexteÀ monsieur L.P.C.B.
Genre du texteDédicace
Genre de la pièceTragédie chrétienne
Date1646
LangueFrançais
EditionParis, Toussaint Quinet, 1646, in-4°
Editeur scientifiqueTeulade, Anne
Nombre de pages5
Adresse sourcehttp://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k70395r
Fichier TEIhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/tei/Corneille-Theodore-Dedicace.xml
Fichier HTMLhttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/html/Corneille-Theodore-Dedicace.html
Fichier ODThttp://www.idt.paris-sorbonne.fr/odt/Corneille-Theodore-Dedicace.odt
Mise à jour2013-03-25
Corneille, Pierre « À monsieur L.P.C.B. » in Corneille, Pierre Théodore, vierge et martyre. Paris, Toussaint Quinet, 1646, in-4° (5 p.) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k70395r

Théodore, vierge et martyre (Corneille, Pierre) : Dédicace

Corneille, Pierre « À monsieur L.P.C.B. » inCorneille, PierreThéodore, vierge et martyre. Paris, Toussaint Quinet, 1646, in-4° (5 p.) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k70395r

Teulade, Anne.

Mots-clés

Mots-clés français

Sources : Saint Ambroise.
Sujet : Religieux.
Dramaturgie : Récit / représentation.
Lieu : Lieu de prostitution.
Action : Non représentée ; obscène.
Réception : Échec ; polémique ; peuple / doctes.
Finalité : Morale ; plaisir.

Mots-clés italiens

Fonti : Sant ’Ambrogio.
Argomento : Sacro.
Drammaturgia : Racconto / rappresentazione.
Luogo : Luogo di prostituzione.
Azione : Non rappresentata ; oscena.
Ricezione : Scacco ; polemica ; popolo / dotti.
Finalità : Morale ; diletto.

Mots-clés espagnols

Fuentes : San Ambrosio.
Tema : Religioso.
Dramaturgia : Relato / representación.
Lugar : Lugar de prostitución.
Acción : No representada ; obscena.
Recepción : Fracaso ; polémica ; pueblo / doctos.
Finalidad : Moral ; placer.

Présentation

Présentation en français

Cette épître, qui parut dans l’édition originale de Théodore, aborde de front son échec, en se concentrant sur un des points reprochés à la pièce, la supposée indécence liée à l’évocation du lieu de prostitution. Corneille montre que cet épisode, présent chez saint Ambroise, n’est pas condamnable d’un point de vue religieux, et il indique par ailleurs qu’il a utilisé tout son art pour atténuer l’effet que la représentation directe du lieu aurait pu produire sur l’esprit du spectateur. En revendiquant la nécessité d’un passage tiré d’un auteur reconnu y compris par saint Augustin, Corneille suggère en creux que ses détracteurs s’opposent non à l’histoire de Théodore mais à sa transcription scénique, et qu’ils s’attaquent finalement à l’art dramatique en général, auquel ils entendent demeurer résolument aveugles. Leur incapacité à tirer profit « du plus agréable et du plus utile des divertissements dont l’esprit humain soit capable », à laquelle les abandonne Corneille, est en effet au cœur des polémiques soulevées par la pièce, comme le montreront les attaques ultérieures formulées notamment par le prince de Conti et Nicole en 1666 et 1667, chacun dans son Traité de la comédie1.

Texte

À Monsieur L.P.C.B.2

NP1 Monsieur, je n’abuserai point de votre absence de la cour pour vous imposer3 touchant cette tragédie. Sa représentation n’a pas eu grand éclat, et quoique beaucoup en attribuent la cause à diverses conjonctures qui pourraient me justifier aucunement4, pour moi je ne m’en veux prendre qu’à ses défauts, et la tiens mal faite, puisqu’elle a été NP2 mal suivie. J’aurais tort de m’opposer au jugement du public5, il m’a été trop avantageux en mes autres ouvrages pour le désavouer en celui-ci ; et si je l’accusais d’erreur ou d’injustice pour Théodore, mon exemple donnerait lieu à tout le monde de soupçonner des mêmes choses tous les arrêts6 qu’il a prononcés en ma faveur. Ce n’est pas toutefois sans quelque sorte de satisfaction que je vois que la meilleure partie de mes juges impute ce mauvais succès à l’idée de la prostitution que l’on n’a pu souffrir7, quoiqu’on sût bien qu’elle n’aurait pas d’effet8, et que pour en exténuer l’horreur j’aie employé tout ce que l’art et l’expérience m’ont pu fournir de lumières. Et certes il y a de quoi congratuler à la pureté de notre théâtre9, de voir NP3 qu’une histoire qui fait le plus bel ornement du second Livre des Vierges de saint Ambroise10 se trouve trop licencieuse pour y être supportée. Qu’eût-on dit si comme ce grand docteur de l’Église j’eusse fait voir Théodore dans le lieu infâme, si j’eusse décrit les diverses agitations de son âme durant qu’elle y fut, si j’eusse figuré les troubles qu’elle y ressentit au premier moment qu’elle y vit entrer Didyme ? C’est là-dessus que ce grand saint fait triompher son éloquence, et c’est pour ce spectacle qu’il invite particulièrement les vierges à ouvrir les yeux. Je l’ai dérobé à la vue et, autant que j’ai pu, à l’imagination de mes auditeurs ; et après y avoir consumé toute mon adresse11, la modestie de notre scène a désavoué, comme indigne d’elle, NP4 ce peu que la nécessité de mon sujet12 m’a forcé d’en faire connaître. Après cela, j’oserai bien dire que ce n’est pas contre des comédies pareilles aux nôtres que déclame saint Augustin13, et que ceux que le scrupule ou le caprice ou le zèle en rend opiniâtres ennemis14, n’ont pas grande raison de s’appuyer de son autorité. C’est avec justice qu’il condamne celles de son temps qui ne méritaient que trop le nom qu’il leur donne de spectacles de turpitude ; mais c’est avec injustice qu’on veut étendre cette condamnation jusqu’à celles du nôtre, qui ne contiennent pour l’ordinaire que des exemples d’innocence, de vertu et de piété. J’aurais mauvaise grâce de vous en entretenir plus au long, vous êtes déjà trop persuadé de ces vérités, et ce n’est pas NP5 mon dessein d’entreprendre ici de désabuser ceux qui ne veulent pas l’être. Il est juste qu’on les abandonne à leur aveuglement volontaire, et que pour peine de la trop facile croyance qu’ils donnent à des invectives mal fondées, ils demeurent privés du plus agréable et du plus utile des divertissements dont l’esprit humain soit capable15. Contentons-nous d’en jouir sans leur en faire part, et souffrez que sans faire aucun effort pour les guérir de leur faiblesse, je finisse en vous assurant que je suis et serai toute ma vie,

Monsieur,

Votre très humble et très obligé serviteur, Corneille.